J’ai longuement réfléchi à la meilleure façon de partager mes voyages, découvertes et aventures avec vous. Après plusieurs mois de réflexion, j’ai décidé de lancer ma newsletter, TOMO

Vous savez que les heures sont précieuses pour moi, et c’est ainsi que j’ai décidé de structurer cette lettre mensuelle : une rétrospective sur le mois écoulé, une rencontre avec un créatif, une émotion gustative, une réflexion pour ouvrir de nouveaux horizons, une lecture éclairante et un lieu où les valeurs de l’hospitalité sont celles que j’aime et que je chéris. TOMO n’est pas une simple newsletter. C’est un compagnon qui transforme le temps des lecteurs en quelque chose de précieux et d’inattendu.

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#9

Défricheur d’heures,
semeur d’émotions

Le 11 décembre 2025

Pendant des années, j’ai été vent debout contre toutes les personnes qui n’étaient pas alignées avec ma vision. Par principe, elles avaient tort. J’ai réalisé plus tard, qu’en fait, elles n’avaient pas tort. Et si je regrette à titre personnel que l’hospitalité devienne à ce point uniforme, certains voyageurs peuvent y trouver leur intérêt et apprécier un beach club décoré par une grande maison de luxe ou des transats de piscine recouverts de logos. Si j’ai fini par accepter qu’il y en ait pour tous les goûts, mon combat pour qu’une offre plus sensée et plus authentique continue d’exister s’est renforcé. Je souhaite plus que jamais embrasser ce rôle d’activiste de la beauté et de la poésie, garant du lien avec le local.

Je n’ai pas toujours fait les choses dans le bon sens quand j’ai fondé Dar Ahlam, il y a 25 ans. Cela a été un chemin d’apprentissage et nous n’étions que quelques acteurs à vouloir jouer avec de nouvelles règles. Aujourd’hui, il n’a jamais été aussi facile de faire de la micro-hospitalité et de développer des satellites qui vont dans le bon sens des choses. L’enjeu est maintenant de se réunir entre hôteliers qui portent des projets à taille humaine et placent la régénération au cœur. J’ai déjà débuté, au sein de la Considerate Collection de Small Luxury Hotels dont je fais partie ou à l’occasion d’une série de séminaires à venir en 2026 pour développer une hospitalité plus créative et plus humaine. Je vous l’annonce en avant-première : mon prochain Creative Lab aura lieu du 26 au 30 janvier, à Dar Ahlam, et je vous glisse tous les détails à la fin de cette newsletter si vous souhaitez y participer.

D’ici là, la période des fêtes sera l’occasion de faire le point sur cette année qui touche à sa fin. Concentrez-vous sur vos apprentissages, vos étonnements, vos découvertes. Sur toutes les énergies positives qui ont gravité autour de vous et sur toutes les opportunités que vous avez su saisir. Pour cette dernière lettre du calendrier, je tenais à mettre en lumière des femmes, des hommes et des projets porteurs de sens, de beauté et de vérité. Si certaines initiatives vous touchent, n’hésitez pas à les soutenir de la manière dont vous le pouvez.

Je vous embrasse,

Thierry

La personne dont je veux vous parler aujourd’hui s’appelle Petit Miribel. Il y a trente ans, cette Française (alors courtière en produits miniers) s’est installée avec son mari dans la Vallée sacrée des Incas, au Pérou. Très vite, elle se rend compte que, dans la région, les enfants handicapés sont laissés dans les étables avec les animaux. Ensemble, ils décident de monter une fondation et une école pour accueillir tous ceux qui sont rejetés par absence de normalité. Mais pour des projets aussi ambitieux que celui-ci, le défi est toujours le même : trouver des financements. C’est ainsi que Petit a eu l’idée de monter un hôtel dans les environs d’Urubamba, Sol y Luna. Je l’ai rencontrée dans ce cadre, nous faisions tous les deux partie du réseau Relais & Châteaux. Elle a depuis étendu le spectre d’action et a inauguré un pensionnat pour les enfants abusés ou battus. Le modèle est à mon sens exemplaire : l’hôtel est venu financer un projet de régénération local. Ce n’est pas un établissement qui fait des actions pour montrer qu’il s’inscrit dans une tendance actuelle. C’est un combat très profond et cette famille fait un travail remarquable.

Éduquer les enfants à mieux manger, c’est aussi leur apprendre à prendre soin d’eux-mêmes, des autres et de leur environnement. Tel est le fondement de L’école comestible, une association fondée par la journaliste culinaire Camille Labro, dont j’admire beaucoup le travail. À travers des ateliers pédagogiques dans les écoles, elle initie les générations futures aux fondements du bien-manger et éveille les enfants à une alimentation simple et équilibrée. Personnellement, j’ai eu une enfance très gourmande, marquée par deux influences importantes. D’un côté, celle de ma mère, qui cuisinait en se demandant comment elle pouvait rendre ses invités plus heureux. De l’autre, celle de ma sœur disparue, qui avait laissé derrière elle des fiches de recettes dans lesquelles je me plongeais avec la volonté de vivre pour deux. Quand j’ai eu mes enfants, je me suis posé la question de la transmission de ce plaisir. Je faisais du pain perdu à l’aube pour qu’ils soient réveillés par l’odeur, des pique-niques au milieu du salon, des apéritifs dînatoires, des menus dégustation autour d’un ingrédient de leur choix, des jeux olympiques du goût…

Aujourd’hui, j’ai quatre enfants qui adorent manger et cuisiner, et je considère que j’ai plutôt bien réussi. Mais le chemin est encore long à l’échelle mondiale. Ce qui me sidère aujourd’hui avec la nourriture, c’est le nombre de kilomètres parcourus par les aliments avant d’arriver dans l’assiette. Aux États-Unis, on parle de 2 400 km de distance moyenne entre le lieu de production et la dégustation. Le saumon pêché en Norvège est congelé sur le bateau avant d’être envoyé en Chine où il est mis en morceaux et emballé, pour être finalement renvoyé en Europe. Dans la palmeraie de Skoura, une famille ne peut plus se procurer des graines qui ne sont pas hybridées. D’où l’importance de notre Food Lab comme espace d’expérimentation mis à disposition de la communauté, à 5 minutes à pied de Dar Ahlam. Quel meilleur moyen pour accéder à une culture que de manger son territoire ?

Il y a deux ans, un ami m’a parlé d’un plan en or : un certain Michael Lutzeyer proposait d’acheter une cabane sur la plage en Afrique du Sud, face à l’océan, pour une somme dérisoire. Tout le monde était intéressé. En réalité, il s’agissait de financer un abri pour les pingouins. J’ai adoré cette façon de capter l’attention et cela m’a donné envie d’en découvrir davantage sur son projet initial, la réserve naturelle de Grootbos. Contrairement aux propriétaires de superbes lodges de la région, il a eu envie de révéler les beautés cachées. Celles qui se dissimulent dans les petits détails et non dans les évidences. Le constat est simple : lorsqu’on réserve un safari pour aller observer les Big 5, on passe à côté de toute une vie invisible à nos pieds. Cet homme délicat et poète a ainsi décidé de faire des safaris de fleurs sa signature. Des marches guidées qui invitent à poser le regard sur l’infiniment petit et à se poser la question de ce qui compte vraiment.

À l’été 2017, j’étais en repérage au Cambodge pour 700’000 heures. Je pensais proposer un séjour articulé autour des temples d’Angkor et du Tonle Sap avec ses maisons flottantes, mais mes plans ont été bousculés quand j’ai rencontré le Cirque Phare, une troupe artistique célèbre pour ses spectacles à Siem Reap. En échangeant avec les personnes à l’origine ce projet mêlant cirque, théâtre et culture khmère, j’ai découvert qu’ils finançaient à bout de bras une école de 1200 enfants à Battambang. La route pour y aller était en travaux, le paysage n’était vraiment pas excitant, et pourtant, je savais que j’allais faire quelque chose à l’intérieur de ce cirque. Nous avons restauré la maison de l’un des fondateurs et installé nos malles pour accueillir nos premiers invités. L’ambiance était extraordinaire, nos clients pouvaient participer à des ateliers créatifs de l’école, assister aux répétitions, vivre la vie d’une troupe de l’intérieur. À la fin du spectacle, nous organisions un dîner dans les jardins de la maison avec tous les artistes. Chacun apportait son énergie et je n’oublierais jamais ces moments de joie, de musique et de danse. J’étais au Cambodge le mois dernier pour continuer les festivités de mon anniversaire (le fameux Red60). J’y ai retrouvé certains des membres du Cirque Phare, toujours avec la même émotion.

Dans la deuxième édition de TOMO, je vous parlais de mon admiration sans faille pour le travail de Françoise Nyssen et de Jean Paul Capitani avec L’École Domaine du possible. Une façon de montrer que la différence n’est pas un handicap et que le moins permet toujours de laisser la place à quelque chose d’autre en plus. Pour ceux qui n’auraient pas l’occasion de visiter l’école à Arles, la collection éponyme chez Actes Sud a été fondée sur les mêmes valeurs : mettre en lumière des initiatives originales et innovantes ayant vocation d’apporter des perspectives positives pour l’avenir. Ce que j’aime dans cette collection, c’est la pluralité des domaines. De l’éducation à l’agriculture, en passant par l’architecture, l’énergie ou la consommation, des ponts sont bâtis entre penseurs et hommes de terrain pour que chacun puisse utiliser les outils en fonction de ses besoins. Ce n’est pas utopique, c’est une façon positive de regarder ce qui se passe dans le monde. Même si le sensationnel et le négatif font vendre, je crois à l’importance de se focaliser sur le bien et le beau au quotidien.

Nous sommes 1,4 milliard de personnes à voyager sur moins de 5% de la planète. Je répète souvent ce chiffre pour montrer qu’il est nécessaire de rendre plus que ce que l’on prend à la planète. Le problème derrière ce constat, c’est qu’on ne va pas dans des endroits reculés faute d’infrastructure hôtelière. Et c’est en ça que la micro-hospitalité est la réponse évidente au surtourisme, à la répartition de la richesse et au maintien de l’équilibre d’une vie locale. Le projet Tizkmoudine, l’une des étapes de ma Route de mémoire, est né à la demande de la communauté. Le Global Heritage Fund avait financé la restauration de greniers collectifs dans le sud du Maroc, créant l’espoir d’un développement certain. Mais aucun voyageur ne venait jusque-là, et l’ONG est venue me chercher pour mettre en place un projet d’hospitalité. Dès que j’ai foulé ce village en ruines, j’en suis tombé amoureux. Nous avons fait de nombreuses réunions avec les hommes et les femmes du village pour établir leur liste de priorités : structurer une association de tissage, entamer un travail de mémoire pour protéger la tradition orale… Nous avons été leur soutien, acheté les équipements et organisé les formations pour accompagner la communauté dans sa voie vers l’autonomie plutôt que de la mettre sous perfusion. Aujourd’hui, les habitants s’organisent en société de services pour répondre aux besoins de l’activité. Personne n’est employé par nous et l’hospitalité n’est qu’un outil au service de leur développement. Je suis convaincu que c’est le seul moyen pour ne pas créer de dépendance. Et garantir que la vie locale reste sincère.

> Une chronique dans Le Point (supplément cadeaux 2025) où j’interroge la notion de surprise. C’est dans les moments de vertige que naissent les expériences les plus riches et j’ai toujours envisagé l’imprévu, non pas comme un danger, mais comme une opportunité.


> Un séminaire créatif en collaboration avec l’agence de conseil Zero, qui aura lieu du 26 au 30 janvier 2026, à Dar Ahlam. The Shift est un “Creative Lab” à destination des hôteliers désireux de renforcer leur positionnement et de créer des expériences sincères et singulières. Ce workshop sera imprégné de l’esprit de la Maison des rêves avec des excursions, des repas mis en scène et des rencontres avec d’autres visionnaires qui partagent le même état d’esprit. Si vous voulez en savoir plus, le programme est ici.

Crédits photos : Eric Martin et 700’000 heures Impact