J’ai longuement réfléchi à la meilleure façon de partager mes voyages, découvertes et aventures avec vous. Après plusieurs mois de réflexion, j’ai décidé de lancer ma newsletter, TOMO

Vous savez que les heures sont précieuses pour moi, et c’est ainsi que j’ai décidé de structurer cette lettre mensuelle : une rétrospective sur le mois écoulé, une rencontre avec un créatif, une émotion gustative, une réflexion pour ouvrir de nouveaux horizons, une lecture éclairante et un lieu où les valeurs de l’hospitalité sont celles que j’aime et que je chéris. TOMO n’est pas une simple newsletter. C’est un compagnon qui transforme le temps des lecteurs en quelque chose de précieux et d’inattendu. Pour recevoir les prochaines newsletters, cliquez ICI.

#2

Défricheur d’heures,
semeur d’émotions

Le 15 mai 2025

J’aimerais commencer cette deuxième lettre par des remerciements.
Vous avez été plus de 3 000 à lire ma première missive dans son intégralité et vos retours ne font que renforcer mon enthousiasme à l’idée d’un renouvellement permanent.

J’ai toujours eu besoin d’évoluer, d’avancer, de m’adapter. Et je n’ai jamais été à l’aise avec le fait que l’hospitalité soit figée. C’est un matériau vivant qui doit s’adapter au client. Mon travail est de créer toutes les conditions de la tension (et de l’attention) pour qu’une étincelle se produise, sans jamais être sûr qu’elle arrivera. D’ailleurs, quand je regarde en arrière, je réalise que j’ai fait parfois de l’expérience pour l’expérience, de la mise en scène juste pour le « wow effect ». Les années m’ont montré que les choses les plus simples sont celles qui avaient le plus bel impact. Je ralentis énormément tout ce qui est hors-sol pour donner plus de sens. Un mélange de mises en scène, de rencontres et de détails auxquels on ne pense pas qui, d’un coup, créent l’alchimie.

Dar Ahlam est l’expression de toutes ces expérimentations.
Il y a 25 ans, je rêvais déjà d’avoir une conteuse. Aujourd’hui, Hanane a rejoint la maison pour distiller ses contes à nos hôtes. Quant à moi, je suis devenu le gardien des rêves et je demande aux voyageurs d’écrire leurs souhaits pour les glisser dans un mur.
Nous avons également un nouveau parcours sensoriel en six tableaux sur la terrasse de la boulangerie : la Maison du ciel. Je me suis beaucoup inspiré de l’expérience Sleep No More, découverte pour la première fois à New York il y a 12 ans. Ce qui m’a halluciné, c’est que je trouvais de nouvelles pièces à chaque fois alors que j’avais passé trois heures à me balader la fois précédente et que j’étais persuadé d’avoir tout vu. Ça m’a énormément fait progresser dans ma façon de penser la mise en scène théâtrale : un appel à la curiosité, une absence de barrières pour le spectateur et ce côté extrêmement ludique qu’on devrait beaucoup plus appliquer à l’hospitalité.

C’est ce qui m’amène aujourd’hui à créer des cartes de conversation et à repenser mes projets avec beaucoup de jeu, d’humour et du décalage. Parce qu’à 60 ans, on a encore envie de faire des châteaux de sable le jour de son anniversaire.

J’espère que cette lecture vous inspirera. Je vous embrasse,

Thierry

Il y a trois ans, nous avons entamé une série de formats vidéos avec Nora Jacaud sur les personnes qui font le quotidien de Dar Ahlam. Un formidable projet qui a donné lieu à une douzaine de portraits, disponibles sur les sites de 700’000 heures Impact, de la Memory Road et de Dar Ahlam. Un jour, j’ai rencontré le compagnon de Nora, Lukas Birk. Ensemble, nous avons pensé qu’il serait intéressant de réintroduire la « camera box », qui existait au Maroc avant de disparaître il y a une cinquantaine d’années. Sa fonction était simple : permettre aux habitants de régions reculées de faire des photos de famille sans avoir à aller en ville chez un photographe qu’ils n’avaient pas les moyens de payer.

Lukas a formé plusieurs des membres de la maison, et nous avons tous adoré. Désormais, nous pouvons tirer le portrait de nos invités, mais aussi leur apprendre à le faire. Ce qui m’a donné envie d’ajouter beaucoup plus d’ateliers créatifs pour que nos hôtes repartent chez eux avec un savoir-faire. Et quand il y aura des mariages ou des événements dans l’oasis, on le partagera avec la communauté.

Il y a quelques mois, j’ai passé une semaine en repérage à Istanbul pour une surprise que je vous dévoilerai cet automne (encore un peu de patience…). Cela faisait des années que je n’avais pas posé les pieds dans cette ville et cela n’a été qu’un enchaînement de belles surprises et d’émerveillement. Vous me connaissez, pas besoin de vous dire que la gastronomie est pour moi l’une des plus belles manières de découvrir un lieu. La curiosité du goût est la meilleure façon de pousser les portes d’une culture qu’on ne connaît pas.

Ce que j’ai particulièrement aimé à Istanbul est la transgression des codes et la multiplicité des goûts. Le melting-pot d’influences fait que tout est possible et on se demande souvent “Pourquoi pas ?”. Pourquoi pas des sucettes multicolores faites minute sur un trottoir ? Pourquoi pas de la courge confite dans du miel ? Pourquoi pas du boulgour cuit par la chaleur des épices et recouvert de mélasse de grenade ? C’est le sentiment que j’ai dans cette ville. C’est vrai pour la gastronomie, et pour tout le reste aussi. Et pourquoi pas créer un musée autour d’un livre ? Jouer au backgammon pendant des heures au bord de l’eau ?
Cette découverte gourmande de la ville s’est conclue en apothéose chez Turk, le restaurant du chef Fatih Tutak qui décline les incontournables de la street food stambouliote en un menu gastronomique de haute voltige. Hâte de vous en dire plus sur ce projet !

Ces derniers temps, je réfléchis beaucoup à la notion d’hybridation. Est « hybride » ce qui est mélangé, hétéroclite, contradictoire. Autrement dit, tout ce qui n’entre pas dans nos cases. J’ai beaucoup appris de Gabrielle Halpern, une philosophe convaincue que c’est la grande tendance du monde qui vient. Dans son ouvrage, Tous centaures ! Éloge de l’hybridation (éditions Le Pommier), elle écrit : « Si je cesse, en tant qu’être humain de m’hybrider, si une entreprise, si une école, si un métier, si un secteur cessent de s’hybrider, ils meurent ! Tous les vivants sont appelés à la métamorphose, les plantes, comme les animaux et les êtres humains ; il n’y a que les morts qui ne changent plus… »

Ce qu’elle dit résonne énormément avec ma vision de l’hospitalité. Je ne fais pas de l’hôtellerie pour faire de l’hôtellerie. Au départ, je l’ai mêlée à mes deux compétences : le théâtre avec la mise en scène et l’événement avec la création d’expériences. Aujourd’hui, j’hybride l’hospitalité avec l’art et le spectacle vivant, la régénération… Et je suis certain que c’est ainsi que nous allons pouvoir réenchanter le monde.

J’ai une admiration sans faille pour le travail qui a été fait par Françoise Nyssen et Jean Paul Capitani avec la création de L’École Domaine du possible. J’aime le fait que, pour eux, la différence n’est pas un handicap. Ce qu’une personne a en moins permet de laisser de la place pour quelque chose d’autre en plus. Et si on n’a pas compris ça, on n’a rien compris. Ces personnes ont beaucoup de choses à nous apprendre, à condition que l’on sorte de l’enseignement rigide qui, à l’heure actuelle, tend à vouloir faire rentrer les enfants dans un moule. On devrait leur apprendre à vivre autant que les mathématiques et l’histoire : l’empathie, la relation à l’autre, la franchise, l’expression de ses émotions…

Je pense que c’est ce qui fait défaut aujourd’hui dans notre monde occidental et ça me questionne beaucoup sur mon envie de transmettre. À travers cette lettre mensuelle, mon futur livre, mes workshops, j’ai envie de partager non pas la partie technique de l’hospitalité, mais ce qui touche l’âme, le cœur. Dans cette école, tout est prétexte à l’apprentissage. Et la galaxie d’auteurs, de musiciens et d’artistes qui gravitent autour d’Actes Sud et dont les élèves peuvent bénéficier est fantastique.

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

Ce texte de Paul Éluard, comme beaucoup de Français, je l’ai découvert à l’école. Soyons honnêtes : je suis passé complètement à côté… Je ne comprends pas pourquoi il a été mis à toutes les sauces comme ça. On devrait protéger la beauté d’une œuvre pareille et accorder plus de valeur à la poésie et aux ondes positives dans le monde. Et puis il m’a été offert pour mon 60e anniversaire. Une édition spéciale qui raconte l’histoire du texte avec ses différentes publications et sa perception au fil des années.
À l’origine, ce poème était destiné à la femme qu’il aimait, mais compte tenu de l’horreur de la guerre, il l’a finalement dédié à la liberté, notion éminemment importante en 1942. L’ensemble des textes qui forment ce recueil Poésie et Vérité sont des poèmes de lutte, et cela résonne particulièrement avec l’époque que nous traversons. Je vous en glisse un extrait et vous invite à le lire dans son intégralité (à voix haute !).

Ceux qui me connaissent bien pourraient deviner ce dont je vais parler… Reserva do Ibitipoca, à 3h30 de Rio de Janeiro (dans l’État du Minas Gerais), est sûrement le lieu qui m’a le plus inspiré au monde. Pour la première fois, j’ai rencontré un propriétaire qui utilisait l’hospitalité comme un outil au service de la régénération. L’hôtellerie crée de la dépendance alors qu’on devrait accompagner un développement des communautés, initier des chaînes de valeur indépendantes pour amener les personnes à leur autonomie. C’est ce qui a été fait dans cette ancienne ferme brésilienne. La gestion de l’hôtel a été confiée aux équipes et le propriétaire s’est focalisé sur la conservation de la terre et sur la réintroduction d’espèces florales et d’animaux endémiques. Tout cela n’a pas été au détriment de l’hospitalité, puisqu’il y a un nombre infini d’expériences merveilleuses à vivre là-bas. À chaque fois que je vais au Brésil, je fais tout pour planifier un détour.

Pour suivre toute l’actualité autour de mes projets.

Du 5 au 9 mai dernier, j’étais à Cape Town à l’occasion du salon We Are Africa qui réunit les leaders de l’hospitalité sur le continent africain. L’occasion pour moi de parler des nouveautés à Dar Ahlam et de la Route de mémoire et de m’exprimer sur la régénération lors d’une conférence dédiée organisée par The long run.

Autre conférence le 21 mai, à l’occasion du EHL Open Innovation Summit, à Lausanne, centré sur la valorisation de l’humain dans un secteur où les progrès technologiques et l’IA modifient parfois la donne.

Un magnifique article d’Alex Postman sur la philosophie de Dar Ahlam et l’énergie que toutes les personnes de l’équipe transmettent à nos invités. À retrouver dans le magazine YOLO ou sur sa version digitale.