J’ai longuement réfléchi à la meilleure façon de partager mes voyages, découvertes et aventures avec vous. Après plusieurs mois de réflexion, j’ai décidé de lancer ma newsletter, TOMO
#3
Défricheur d’heures,
semeur d’émotions
Le 12 juin 2025
J’entame cette nouvelle lettre sur la route entre Marrakech et Skoura. Mais c’est de l’Afrique du Sud dont j’avais envie de vous parler aujourd’hui. Le mois dernier, j’étais à Cape Town à l’occasion de We Are Africa, un salon professionnel qui rassemble hôteliers, agents de voyage et journalistes du monde entier. Je participe à des événements comme celui-ci depuis des années, mais je dois avouer que j’ai été agréablement surpris. J’ai senti que toutes les personnes qui étaient là portaient ou recherchaient des projets avec du sens. Et une forte volonté de ralentir. Safaris de fleurs, programmes de reconnexion à la nature, healing farms où s’octroyer quelques jours de pause…
Lors des différentes tables rondes (j’ai eu la chance de participer à l’une de celles organisées par The Long Run), j’ai remarqué beaucoup d’actions sur les plastiques, la conservation des territoires, la préservation des animaux… Plutôt que de s’enfermer dans ce qu’on sait faire, on essaye de se réunir pour aller plus loin. J’ai particulièrement été sensible à l’intervention du chef Jan Hendrik van der Westhuizen. Ce Sud-Africain engagé a parlé de l’imagination, de la créativité et de l’émotion comme levier de développement pour l’Afrique. Actuellement, le continent représente 3 à 5% du tourisme mondial, soit environ la fréquentation de l’Italie. Mais il est l’un des marchés mondiaux avec la croissance la plus attendue et la direction prise par tous les acteurs rencontrés à Cape Town m’enthousiasme beaucoup.
C’est avec toute cette énergie créative que je vous invite à lire la suite…
Je vous embrasse,
Thierry
Aujourd’hui, il existe deux catégories de clients dans les restaurants : le client qui boit de l’alcool ou celui qui n’en boit pas. Sur les cartes, on choisit désormais un accord mets-vins (avec des sommeliers qui s’amusent et proposent parfois une bière ou un saké) ou une option « zero proof » avec des fermentations ou des jus qui saturent parfois la bouche. Mais personne n’envisage qu’on puisse réconcilier les deux. Personne sauf Édouard Malbois, le fondateur de Grands Jardins, avec sa collection de grands thés servis en bouteille, à la manière du vin. J’ai rencontré Édouard autour d’un dîner que j’organisais pour présenter 700’000 heures. Et puis nous nous sommes retrouvés quelques années plus tard autour d’une dégustation de quatre de ses thés infusés à froid. Je garde en mémoire le Satemwa, un thé noir du sud du Malawi avec des notes fumées et tourbées, rappelant subtilement un whisky. J’ai trouvé cela absolument génial de pouvoir réconcilier tout le monde et de réaliser enfin qu’un accord mets-vins est peut-être trop quand on a 7 ou 8 services. J’aime la convivialité autour d’une bouteille comme j’aime partager un bon plat ou un restaurant, mais je n’ai pas envie que boire devienne une habitude. Et pour une fois, l’alternance n’est pas clivante, mais hautement séduisante.
J’ai toujours eu un rapport passionné à l’alimentation. Comme diraient certains, « je mange mes émotions ». Dès que je suis stressé ou triste, tout ce qui passe à moins de 4 mètres termine dans mon estomac. Quand j’aime ou que je suis heureux, l’enthousiasme me porte et je peux manger au-delà des limites. J’ai conscience des conséquences négatives sur mon corps donc je m’accorde régulièrement des pauses, des jeûnes ou des cures dans des cliniques. Récemment, Angèle Ferreux-Maeght m’a parlé de son nouveau projet : un programme alimentaire de 16 jours pour ancrer de bonnes habitudes sans omettre le plaisir de manger. Cette femme ne pourrait pas être un meilleur compagnon dans cette démarche. C’est un ovni, elle est solaire, drôle, imprévisible. La nourriture est une seconde nature, elle fait des choses saines et extrêmement gourmandes sans se prendre la tête. Elle peut traverser la capitale à vélo pour faire goûter son foie gras végétal ! J’espère conclure cette cure avec la même énergie que celle qu’elle arrive à transmettre aux Parisiens depuis des années.
J’ai passé des années à dire qu’en haut de la pyramide, il y avait le client. Que mes projets d’hospitalité existaient pour servir ce client qui était roi. Et si, à la fin, il te restait un peu de temps, tu pouvais prendre soin de toi. J’ai réalisé récemment que c’était exactement l’inverse : il faut d’abord prendre soin de soi et de ses équipes pour avoir l’énergie de porter sa maison et de bien accueillir le client. Le philosophe Jacques Derrida en a parlé à plusieurs reprises dans ses travaux. Pour que l’hôtellerie soit vraiment effective, il est indispensable que l’hôte (celui qui reçoit) garde l’autorité dans son lieu. Ce n’est pas le client qui donne sa règle, car l’hospitalité est une relation à l’autre, un échange, pas une industrie de services dans laquelle il existerait une différence de niveau entre une personne et une autre. Si un client ne se laisse pas accueillir, l’expérience va être ratée même s’il a payé.
J’aime bien cette idée qui dit que quand on voyage, il faut avoir deux valises : une pour recevoir et une pour donner. Avant de partir, on devrait se poser des questions. Pourquoi voyage-t-on à cet endroit-là ? Qu’est-ce qu’on attend des personnes qu’on va rencontrer ? Qu’est-ce qu’on est prêt à partager ? Pour Dar Ahlam ou pour 700’000 heures Impact, j’ai décidé d’assumer qui nous sommes et d’être clair sur le fait que nous ne changerons pas. Si des voyageurs veulent venir en connaissance de cause, j’en suis heureux. Sinon, il existe assez d’hôtels sur terre pour trouver un endroit qui leur ressemble plus. Et j’ai le sentiment qu’il n’y a que comme ça qu’on redonnera une âme à l’hospitalité.
Il y a des choses innées, mais le goût est d’après moi un sens que l’on peut développer. Quand on rentre chez un antiquaire, on voit des choses en faisant un tour rapide. Et puis on en voit d’autres après un second tour plus lent. Une fois qu’on s’est imprégné du lieu, on découvre des objets qui nous avaient totalement échappés. Mes goûts en matière de décoration ont évolué, mais j’ai toujours aimé l’éclectisme et les objets avec une âme. Parmi les lieux qui m’inspirent, le showroom Adèle Collections arrive en tête. Au fond d’une cour arborée du Xe arrondissement de Paris, on découvre un sourcing incroyable de fibres tissées, de cuirs, de textiles et de revêtements décoratifs à mi-chemin entre artisanat ancestral, innovation durable et préservation de l’héritage. Récemment, j’y ai trouvé les panneaux de la serre dédiée aux ateliers créatifs que nous sommes en train d’installer à Dar Ahlam. Ils ont été réalisés par Loumi Le Floc’h, une artiste fascinante qui réinvente l’ornementation intérieure avec… des peaux d’aubergine. Vous êtes sceptiques ? Venez-nous voir et vous changerez d’avis !
Un enregistrement au micro de Pierre Bonel, chef concierge du Crillon, pour le tout premier épisode d’Impact, son podcast dédié au pouvoir du voyage. Lors de cette conversation intime, nous avons interrogé tout ce que le voyage (quand il est porteur de sens) peut transformer en nous. Je vous tiendrai informé de sa diffusion.
Un séminaire organisé, fin mai, par l’université des Beaux-Arts de Bari, dans les Pouilles. L’intervention de l’un des orateurs, Torquato Parisi, a porté sur la beauté à travers l’expérience 700’000 heures. Je garde un souvenir ému des dîners que nous organisions dans ses entrepôts de luminaires dans le Salento.
Un article sur Dar Ahlam, signé de la journaliste Alicia Dorey. Pour le magazine Apollo, elle questionne l’hôtellerie du futur, la perte des repères lors d’un voyage et parle de la Maison des rêves comme d’un mirage d’avenir.