J’ai longuement réfléchi à la meilleure façon de partager mes voyages, découvertes et aventures avec vous. Après plusieurs mois de réflexion, j’ai décidé de lancer ma newsletter, TOMO
Vous savez que les heures sont précieuses pour moi, et c’est ainsi que j’ai décidé de structurer cette lettre mensuelle : une rétrospective sur le mois écoulé, une rencontre avec un créatif, une émotion gustative, une réflexion pour ouvrir de nouveaux horizons, une lecture éclairante et un lieu où les valeurs de l’hospitalité sont celles que j’aime et que je chéris. TOMO n’est pas une simple newsletter. C’est un compagnon qui transforme le temps des lecteurs en quelque chose de précieux et d’inattendu.
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#8
Défricheur d’heures,
semeur d’émotions
Le 12 novembre 2025
Mon cœur est partagé entre quatre pays : la France, où j’ai ma famille et où j’ai grandi, le Maroc, avec Dar Ahlam depuis 25 ans, le Brésil, où je retourne inlassablement, et le Japon. Il était évident que pour l’année de célébration de mes 60 ans (projet que j’ai appelé le Red60), ce chapitre japonais allait être l’un des plus importants. Là-bas, on célèbre ce changement de décennie comme une renaissance. Un écho au fait que les étoiles ont besoin de soixante années pour se réaligner exactement comme elles étaient le jour de notre naissance. Je savais que ce voyage allait en être un point d’orgue, et il a tenu toutes ses promesses. Le Japon enveloppe tout ce que j’aime : la poésie, la tradition, la modernité, le sens, la curiosité, la diversité et la soif d’apprentissage.
Mon lien avec le pays remonte au projet de la Pâtisserie des rêves. Avant de créer un concept comme celui-ci, j’ai ressenti le besoin d’aller dans la Mecque de la discipline. Que ce soit en pâtisserie traditionnelle ou internationale, ils sont tellement extraordinaires techniquement que j’ai pris un choc. Et puis, j’ai continué à y aller régulièrement, jusqu’à décider d’y faire une saison 700’000 heures. C’était en 2020, nous étions prêts à ouvrir quand le monde s’est brutalement refermé… Le Japon n’était pas confiné, donc j’ai décidé de rester là-bas et d’opérer pour le marché japonais. J’ai vécu la saison des cerisiers sans touristes et parcouru le chemin de la philosophie sans croiser une seule personne, c’était la meilleure décision.
Le Japon ne laisse pas indifférent : soit on l’aime, soit on le déteste et il nous fait souffrir. Moi, j’ai plongé à cœur et à corps perdu dans ce pays. Et j’espère en partager avec vous quelques fragments dans cette lettre.
Je vous embrasse,
Thierry
J’ai rencontré la personne que je souhaite vous présenter dans cette lettre il y a de nombreuses années, à l’occasion d’un Ginger Dinner. Le principe : nous rassemblions des individus qui ne se connaissaient pas autour d’un cocktail au gingembre, avec interdiction de parler de nos métiers respectifs. Pendant le dîner, une devinette laissée dans chaque assiette nous amenait à trouver un métier, puis la personne associée. Celle de Shinsuke Kawahara portait sur les lapins. Comme ceux aperçus à la sortie de Roissy, première image de sa rencontre avec Paris devenue son symbole artistique. Personne n’a trouvé ce qu’il faisait, mais le courant est vite passé entre nous. Nous nous sommes retrouvés par hasard à Kyoto quelques mois plus tard et il m’a aidé dans la préparation de la saison 700’000 heures à Ine. Quand j’ai commencé à penser à mon Red60, il était évident que j’allais lui demander s’il acceptait de me faire une illustration. Dans sa bio Instagram, il se définit comme « A sixty-something free soul ». Nous avons en commun ce désir de sortir des microcosmes qui endorment, de se nourrir de personnes d’âges et de cultures différentes et de s’intéresser à tous les domaines avec un unique but : mourir jeune aussi tard que possible.
Gion Sasaki est sûrement l’un des endroits au monde où il est le plus difficile de s’attabler. Son chef, Hiroshi Sasaki, a été mon premier contact avec la gastronomie japonaise. Le jour où je suis arrivé à Kyoto, le partenaire qui m’aidait dans l’ouverture de la pâtisserie, avait réservé une table pour dîner. C’était un petit comptoir dans sa cuisine (qu’il n’a malheureusement plus aujourd’hui), et je n’oublierai jamais ce moment. Cet homme donne des twists à toutes les traditions et ose des choses que d’autres n’osent pas. Ce qui est le plus marquant chez lui, c’est l’importance accordée aux textures et aux consistances, autant qu’au goût. Pour ses sashimis, il choisit par exemple des poissons d’une région avec beaucoup de courants (où les animaux sont plus musclés car obligés de nager à contre-courant) et laisse davantage d’épaisseur pour conserver la mâche.
Sasaki San ne parle ni anglais, ni français, et je ne parle pas suffisamment japonais pour communiquer. Pourtant, il est venu à Dar Ahlam, puis au Cambodge pour 700’000 heures, et m’a présenté à certains prestataires afin que j’aie des produits de qualité lors de ma saison japonaise. Il était évident pour moi que je marquerais un « milestone » de mon Red60 chez lui. Sachant la difficulté pour réserver, je m’y suis pris 18 mois à l’avance. Quand je lui ai écrit en lui demandant de me donner des dates pour m’organiser, il m’en a donné une. C’était le 9 octobre, à prendre ou à laisser. J’ai donc façonné tout mon programme en fonction de lui. Au-delà d’être un homme de théâtre, il a une vraie personnalité et dégage une aura exceptionnelle. Goûter à sa cuisine est l’assurance de recevoir un choc émotionnel, vous êtes prévenus !
Si je devais associer le Japon à un seul mot, je choisirais assurément la lenteur. J’aime raconter une anecdote à ceux qui ont la chance de n’avoir encore jamais découvert ce pays. Lors de la préparation de ma saison 700’000 heures, j’ai rencontré un maître de thé très influent à Tokyo. Un vieil homme que j’ai convaincu de visiter Siem Reap et les temples d’Angkor. Il est parti dix jours là-bas et a souhaité m’offrir une cérémonie du thé pour me remercier. Quand je lui ai demandé de me faire le récit de ses visites, il m’a parlé d’un temple. Ce à quoi j’ai répondu « formidable, et quoi d’autre ? » Il ne comprenait pas ma question puisque pendant dix jours, il est allé quotidiennement au même endroit. Pour s’imprégner de l’énergie des pierres, observer la lumière, communier avec le temple. Je pense que c’est la meilleure définition possible du Japon. Comprendre cette culture, c’est sortir des axes principaux, aller dans des villages, se laisser porter et, surtout, contempler.
Plus besoin de vous dire à quel point j’aime les spectacles immersifs, vous êtes maintenant au courant ! Quand le fondateur de L’Escamoteur, un bar de Kyoto réputé pour ses cocktails et pour son ambiance mystique, a annoncé un nouveau concept, j’étais très curieux de le découvrir. Dès l’accueil, le visiteur est placé dans un ascenseur qui mène à une pièce sombre et exiguë. On vous invite à porter une cape et un masque, avant de vous asseoir autour d’une immense table ronde, qui se révèle être une piste sur laquelle les artistes vont se produire. Pendant toute la durée du spectacle, des personnes viennent vous servir des boissons et vous pouvez avoir accès à une pièce secrète pour des numéros en privé. Les débuts manquent un peu de fluidité, mais la proximité avec les artistes est formidable et ce spectacle (Svengali) est une jolie façon de boire un verre dans une ambiance inattendue.
Ce guide, anciennement nommé Soul of Kyoto, est né pendant le Covid. Même si j’avais plus de temps libre que d’ordinaire, l’écriture n’a pas été aussi facile que prévue… La société de Kyoto étant assez fermée, les locaux n’ont pas pour habitude de recevoir chez eux. Quand ils veulent faire plaisir à quelqu’un, ils l’invitent à découvrir une de leurs adresses. À partir du moment où la personne a été présentée, elle sera autorisée à revenir. Tout naturellement, quand je suis allé voir les gens dont j’admire le travail, tous m’ont demandé si je connaissais ceux qui allaient lire le guide et venir leur rendre visite. Comme la réponse était négative, je ne pouvais pas les inclure… J’ai tout de même réussi à glisser dans ces pages certaines de mes expériences préférées, comme cette méditation dans un temple secret. Des temples bouddhistes, Kyoto en compte plus de 1600 (ainsi que 400 sanctuaires shintoïstes). Pourtant, tous les touristes ne visitent que quelques-uns des plus célèbres. Juste derrière le pavillon d’argent par exemple, Honen In est un tout petit temple complètement déserté. Bien sûr, son jardin est moins spectaculaire. Mais sa quiétude permet de s’y asseoir dans le silence et de profiter de l’âme du Japon. Si j’avais une extension du guide, je vous conseillerais également d’aller au Kaikado Café et de prendre le temps de regarder tous les objets qui y sont exposés.
Les Japonais sont tellement dingues en matière d’hospitalité que mon meilleur conseil serait de rester à l’écart de tous les hôtels classiques. Amusez-vous, vivez des choses différentes ! Pour vous donner quelques pistes, voici mon triptyque :
Un ryokan
C’est toujours surprenant de rentrer dans une chambre d’hôtel où il n’y a pas de lit et où la pièce à vivre va se transformer en chambre à un moment dans la soirée. Tawaraya et Hiiragiya sont mes deux favoris à Kyoto, situés l’un en face de l’autre. Le premier est légèrement plus moderne, le second plus traditionnel. La propriétaire de Hiiragiya raffole des Saint-Honoré, vous saurez quoi faire pour lui faire plaisir.
Un capsule hotel
Même si certains sont devenus très marketing, j’aime le sens qu’il y a derrière ces hôtels. Beaucoup de travailleurs vivent extrêmement loin de leur bureau et, parfois, quand ils ne sont pas en état de rentrer chez eux ou pour s’éviter du temps de trajet, ils ont juste besoin d’un lit. C’est efficace, propre et les salles de bain sont souvent sublimes. Je vous recommande particulièrement les Nine Hours, dont celui d’Otemachi.
Un love hotel
Un incontournable de la culture locale pour que les couples se retrouvent à l’écart de la promiscuité des maisons familiales. Si les versions citadines manquent souvent de charme, ceux des campagnes valent le détour. Quand les Japonais poussent les choses, ils vont loin. Les love hotels n’échappent pas à la règle et sont conçus selon des thèmes délirants pour répondre à tous les fantasmes possibles : cabinet médical, salle de classe, fête foraine… À tester au moins une fois dans sa vie.
Pour suivre toute l’actualité autour de mes projets.
> Une parution dans la sélection du Figaro Magazine sur les 20 voyages à s’offrir en 2026 pour une grande évasion. Celle-ci concerne évidemment le Rwanda, pour un périple à la frontière entre réalité et fiction, destiné aux adeptes d’un certain lâcher prise… Si ces quelques lignes ont piqué votre curiosité, n’hésitez pas à télécharger ici le programme de cette immersion rwandaise. Rendez-vous l’été prochain.
> Un article dans les pages de Gala, où le journaliste Jean-Michel de Alberti donne une mise en bouche de ce que sera le premier spectacle immersif d’hospitalité : des situations imprévues, des rencontres impromptues et la découverte du pays des mille collines à travers les yeux de ses communautés.