J’ai longuement réfléchi à la meilleure façon de partager mes voyages, découvertes et aventures avec vous. Après plusieurs mois de réflexion, j’ai décidé de lancer ma newsletter, TOMO
Vous savez que les heures sont précieuses pour moi, et c’est ainsi que j’ai décidé de structurer cette lettre mensuelle : une rétrospective sur le mois écoulé, une rencontre avec un créatif, une émotion gustative, une réflexion pour ouvrir de nouveaux horizons, une lecture éclairante et un lieu où les valeurs de l’hospitalité sont celles que j’aime et que je chéris. TOMO n’est pas une simple newsletter. C’est un compagnon qui transforme le temps des lecteurs en quelque chose de précieux et d’inattendu.
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#17
Défricheur d’heures,
semeur d’émotions
Le 12 août 2026
Je vous le disais dans ma dernière lettre, ma seule certitude de l’été était mon envie de disparaître. Je suis fatigué des écrans, des réseaux sociaux, de la connexion perpétuelle et de l’obligation d’être disponible. J’ai ressenti le besoin de ralentir, de réorganiser ma façon de travailler et de vivre, en silence, sans regarder mes mails ou mes WhatsApp. Quand j’avais 20 ans, j’ai passé trois mois seul en Australie. Trois mois pendant lesquels je n’ai parlé à aucun de mes amis. Personne ne savait ce que je faisais ni comment j’allais. J’écrivais des lettres, des cartes postales et j’appelais ma mère en PCV pour la rassurer. Je suis nostalgique de cette liberté, et une disparition me semblait être le meilleur moyen pour la retrouver.
La photo de couverture vous donnera assurément une idée du lieu que j’ai choisi pour ces quelques jours coupés du monde. Je ne crois pas qu’il y ait une « bonne » destination pour ce genre de voyage. Est-ce que cela devrait être un endroit inconnu pour se sentir complètement perdu ? En pleine nature pour se reconnecter pleinement ? Au cœur d’une ville pour devenir invisible ? … C’est une décision très personnelle et à chacun de suivre ses intuitions. Le plus important reste d’accorder des pauses à notre cerveau que l’on sollicite et que l’on assèche jusqu’à ce qu’il surchauffe. Alors j’ai envie de vous transmettre cette lettre comme une invitation : vous autoriser à déconnecter.
Je vous embrasse,
Thierry
À Paris, il y a une mode des sushis gastronomiques à des prix exorbitants, et une forme de compétition entre toutes ces grandes maisons qui ont des restaurants japonais étoilés. Pour moi qui ai passé beaucoup de temps au Japon, le sushi est un repaire de quartier. Mon endroit du dimanche soir quand je n’avais pas envie de cuisiner. Et c’est ce que j’ai retrouvé chez Kiyo Aji, que j’avais envie de vous présenter aujourd’hui. Bien sûr, la qualité de son menu Omakase est extraordinaire. Comme dirait une de mes amies, ce sont des « sushis jouissifs ». Il y a aussi ce bouillon dashi, servi dans une petite théière, avec des lamelles de champignons, du poisson et des herbes. La recette appartient au père de Kiyo et ce plat fait assurément partie de mes préférés au monde.
Mais au-delà de tout ça, j’aime son humanisme. Il a une manière très réconfortante d’inclure ses invités dans le repas et de créer du lien, ce qu’un chef ne ferait pas au Japon. La dernière fois, quand je suis arrivé, il m’a glissé : « Quand j’ai dit à l’équipe que vous veniez ce soir, ils ont fait “aaaaah”, ils étaient contents ». Ce sont des petites choses, mais cela contribue au fait qu’on se sente bien dans son restaurant.
J’ai récemment découvert FURA, un joyeux laboratoire de la « future food » à Singapour qui imagine à quoi pourrait ressembler notre façon de manger et de boire demain. Derrière ce concept, on retrouve Christina Rasmussen, ancienne head forager de Noma, et Sasha Wijidessa, ancien head bartender d’Operation Dagger, deux personnalités habituées aux démarches expérimentales. Avec leur restaurant-bar pas comme les autres, l’ambition est claire : montrer que consommer de manière plus responsable ne signifie pas renoncer au plaisir et que le futur peut être bizarre, surprenant, déroutant… mais surtout délicieux !
Je crois que c’est tout l’enjeu dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui. Nous savons que nous avons atteint une limite, tant au niveau des valeurs nutritionnelles de nos aliments que des produits chimiques ou des microplastiques que nous ingérons. Manger plus de végétal ou des aliments dont nous n’avons pas l’habitude est sûrement l’une des réponses, mais il faut pour ça qu’ils donnent envie ! À Dar Ahlam, nous faisons un vrai travail d’éducation et de pédagogie pour inciter nos hôtes à goûter le territoire. Et cela fonctionne, car c’est gourmand, généreux et ludique. Même chose chez FURA où l’on trouve des ingrédients abondants, sous-utilisés ou considérés comme indésirables. Je pense notamment à ce Jellyfish Ceviche, qui utilise une méduse tachetée invasive, avec de l’ananas caramélisé et de la mandarine, aux criquets dans les dips ou aux croûtons de sauterelles. La dimension ludique fait toute la force du lieu : on ne vous demande pas de manger durable, on vous donne envie de goûter quelque chose d’inattendu et de nouveau. La curiosité remplace la culpabilité, le goût remplace le discours et l’expérience remplace la morale.
Ce mois-ci, j’avais envie de mettre en avant le mot « aménité », qui désigne de manière générale ce qui est agréable, doux ou gracieux. Je trouve qu’il se dégage de ce terme une délicatesse enveloppante, particulièrement agréable dans des périodes violentes. Être attentif à l’aménité d’un lieu, à sa douceur, devrait faire partie de notre quotidien. Et telle devrait être l’unique mission de l’hospitalité. Aujourd’hui, l’industrie du tourisme et de l’hôtellerie cherche à séduire à tout prix et dans tous les sens. D’après moi, c’est ce qui fait que nous avons dépassé la ligne. Vouloir plaire à tout le monde, c’est plaire à personne. Cela incite des établissements à lisser leur offre et à oublier qui ils sont vraiment. Il est important de trouver cette aménité en séduisant ceux qui sont sensibles à qui nous sommes, personne d’autre.
J’ai un rapport très contrasté avec la musique. J’en écoute constamment et j’ai une playlist pour chaque moment de la journée. À contrario, je ne joue d’aucun instrument et je n’ose pas chanter, à cause d’un professeur d’école qui m’a traumatisé. Dernièrement, le documentaire Nous l’Orchestre a fait naître en moi beaucoup de questions. Pour la première fois, des caméras et des micros ont été placés auprès des 120 musiciens de l’Orchestre de Paris, à la Philharmonie, sous la baguette de leur jeune chef prodige, Klaus Mäkelä. J’ai adoré voir cette force collective qui doit prendre forme, sans que chacun ne disparaisse dans la masse. J’ai toujours pris plaisir à réunir autour de moi des talents et à les faire travailler ensemble. Chacun apporte des réponses à certaines problématiques selon son prisme, et il n’y a rien de plus efficace pour nourrir sa propre réflexion. Dans ce cas, 1+1=3, et on peut arriver à des sommets. Ce qui est intéressant dans ce documentaire, c’est l’idée que la création collective est plus forte que la création individuelle, mais qu’il est nécessaire malgré tout d’avoir un chef d’orchestre pour donner le rythme. La liberté, oui, à condition d’avoir un cadre suffisamment solide pour dessiner un cap clair et enthousiasmant pour son équipe.
Que lirions-nous si nous arrêtions de choisir nos livres à partir des signaux extérieurs (un auteur connu, un prix littéraire, une maison d’édition, une recommandation TikTok…) ? C’est ce que propose le site Uncovered avec un principe très simple : l’utilisateur choisit un genre, lit la première page, puis décide s’il souhaite poursuivre. Ce n’est qu’à ce moment-là que l’identité du livre est révélée. Je trouve intéressante cette idée de supprimer les biais sans modifier le produit et de suivre son instinct en se demandant simplement si l’écriture nous donne envie de tourner la page. Je suis assez décomplexé avec le fait d’arrêter une lecture si je n’ai pas envie de poursuivre. Cela ne veut pas dire que le livre n’est pas bon, simplement que ce n’est pas le bon timing pour moi. Je les reprends parfois plus tard, et ils prennent leur sens à ce moment-là… ou pas ! Il y a aussi des textes que nous devrions relire à chaque étape de sa vie, à l’instar du Petit Prince, qui est toujours une expérience nouvelle. Se poser la question « est-ce que j’aime vraiment ? » pourrait être appliqué à bien d’autres secteurs. Aller voir un film sans lire le synopsis ou voir la bande-annonce, admirer un tableau dans un musée sans en connaître l’artiste. En retirant les indices qui influencent nos choix, on s’oblige ainsi à juger un produit sur ce qu’il est vraiment, plutôt que sur sa réputation.
Comme beaucoup de voyageurs, je dois admettre être de plus en plus attiré par les destinations nordiques. Pas tant pour des histoires de température que pour la façon dont ces pays abordent la vie, l’éducation, le rapport à l’autre. Dernièrement, j’ai dérivé jusqu’à LILLØY, une île au large de Bergen (Norvège), à quarante minutes de route et un court trajet en bateau depuis Herdla. Une maison sur un caillou, très simple, très confortable, où je n’ai rien eu à faire d’autre que de ralentir. Kayak au petit matin, sauna face à la mer, feu de camp sous un ciel qui ne s’éteint jamais vraiment : à cette latitude, la nuit n’existe pas à minuit, et j’ai retrouvé cette lumière suspendue que j’avais connue en Islande. Ce que j’aime dans ce genre d’endroit, ce n’est pas l’absence d’hospitalité, mais une autre forme d’hospitalité : personne sur votre dos, une épicerie où aller chercher ce que vous avez envie de cuisiner…. La proposition était claire, sans malentendu, et c’est déjà beaucoup. Mais un lieu qui choisit de retirer le service hôtelier ne doit pas pour autant retirer une forme de bon sens.
Notre micro-maison comptait quatre chambres, une cuisine et une table. Pourtant, trois groupes de clients différents y cohabitaient en même temps, chacun avec son propre rythme, ses propres envies. Ça ne fonctionne pas. C’est souvent là que pêchent ces établissements qui proposent aujourd’hui des formes d’hospitalité alternatives : ils n’ont pas toujours pris le temps de penser à l’expérience de leurs hôtes. La privatisation est clairement la réponse à ce problème pour profiter de ce lieu magique, en intimité avec ceux qu’on aime.
Pour suivre toute l’actualité autour de mes projets.
> Un séminaire créatif à Dar Ahlam, en collaboration avec Small Luxury Hotels, pour partager mes clés pour une hospitalité plus sincère et plus authentique. Du 3 au 7 septembre, le workshop « Journey into Excellence » réunira des hôteliers indépendants du monde entier, venus prendre du recul sur leur métier, partager leurs expériences et imaginer ensemble de nouvelles façons d’améliorer l’expérience au sein de leurs maisons.
Crédit photos : Copenhague Thierry Teyssier / Portrait Min kyung Choi . Marine Sanclemente / Fura . Marine Sanclemente / Uncovered / Lilloy Hôtel