J’ai longuement réfléchi à la meilleure façon de partager mes voyages, découvertes et aventures avec vous. Après plusieurs mois de réflexion, j’ai décidé de lancer ma newsletter, TOMO
Vous savez que les heures sont précieuses pour moi, et c’est ainsi que j’ai décidé de structurer cette lettre mensuelle : une rétrospective sur le mois écoulé, une rencontre avec un créatif, une émotion gustative, une réflexion pour ouvrir de nouveaux horizons, une lecture éclairante et un lieu où les valeurs de l’hospitalité sont celles que j’aime et que je chéris. TOMO n’est pas une simple newsletter. C’est un compagnon qui transforme le temps des lecteurs en quelque chose de précieux et d’inattendu.
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#16
Défricheur d’heures,
semeur d’émotions
Le 15 juillet 2026
J’aurais dû vous écrire ces premières lignes depuis le Rwanda, où la saison 700’000 heures Impact devait battre son plein cet été. Comme je vous l’expliquais dans ma dernière lettre, l’épidémie d’Ebola en a décidé autrement et notre spectacle immersif d’hospitalité sera décalé d’une année. Je crois que ce n’est pas un hasard si la vie m’a apporté cette fenêtre de liberté, alors je me suis interdit de planifier quoi que ce soit. Ma seule certitude : mon envie de disparaître. Pendant une dizaine de jours, je vais couper tous les appareils électroniques et me retrouver, seul, dans un lieu pour me ressourcer. Les mois à venir vont être très denses entre la sortie de mon livre (début octobre 2026), les 25 ans de Dar Ahlam et cette saison reportée au Rwanda.
Dans mes précédentes carrières, j’ai toujours gardé des temps de respiration. Quand la pression était trop forte, je demandais à mon équipe d’annuler tous mes rendez-vous et j’allais voir des expositions, acheter des livres, goûter des nouvelles pâtisseries, voir des amis… Je faisais l’école buissonnière et, le temps d’une demi-journée, je disparaissais. Je suis convaincu que, pour être créatif, il faut savoir faire des pas de côté, voir des personnes qui nous inspirent, nourrir des conversations profondes avec elles. Ces prochains jours, je vais donc passer du temps en famille en Norvège, faire un passage aux Rencontres de la photographie d’Arles, assister à des spectacles au Festival d’Avignon. Je vais embrasser mon ami Olivier Darné, qui vient d’ouvrir son nouveau lieu, Regains, prendre le thé avec Perla Servan Schreiber en Provence, phosphorer avec les équipes de Selar à Marseille…
Ce temps libre est une opportunité formidable pour moi, et je me réjouis de partager avec vous tout ce qui naîtra de ces temps d’échanges et de prise de recul.
Je vous embrasse,
Thierry
Cela fait plusieurs mois que j’ai envie de vous parler de Yoann Bourgeois, un artiste français qui me fascine par son éclectisme. À l’âge de 18 ans, il part en Roumanie rencontrer des Tziganes avant de rejoindre le Centre national des arts du cirque, où il est le seul étudiant à suivre en parallèle une formation en danse contemporaine. Il concentre tout ce que j’aime en même temps : la créativité, l’inventivité, la poésie, avec une touche d’espièglerie complètement jouissive. Son travail est marqué par de nombreuses disciplines de cirque (trampoline, trapèze volant, jonglage…), des jeux de vertige et de simulacre qui, grâce à des dispositifs qu’il a imaginés, lui permettent de jouer partout (et surtout là où on ne l’attend pas !). Si vous voulez commencer la journée de bonne humeur, je vous invite à regarder des replays du Petit Cirque, un condensé de ce qu’il explore dans ses pièces courtes. Yoann Bourgeois a beaucoup à nous apporter et je rêve de le rencontrer pour lui confier l’un des monologues de TOMO Voices…
Puisque nous ne sommes jamais mieux servis que par soi-même, je tenais à vous présenter notre nouvelle épicerie Terre de Skoura. Une précision importante toutefois : ce n’est pas le merchandising de Dar Ahlam, mais une véritable association indépendante liée au Food Lab. L’idée derrière l’hospitalité régénérative est d’accompagner les communautés dans le développement de leurs projets afin qu’elles aient leurs propres revenus. Dans cette collection de produits, nos invités pourront retrouver toutes les saveurs de la palmeraie (et repartir avec dans leurs valises) : du basilic en poudre, des câpres séchées au sel, du sucre de dattes… Sans oublier l’incontournable Terre de Skoura, qui a donné son nom à l’épicerie. Un mélange d’épices de la même couleur que la terre de l’oasis, que nous servons quotidiennement à Dar Ahlam. Nous travaillons d’ailleurs actuellement à la création d’un rituel avec notre maître de cuisine, Rosa, dont je vous parlerai bientôt. La totalité des revenus de cette épicerie participe au budget de fonctionnement de l’association, dans laquelle je n’ai qu’un simple rôle de conseil. Permettre l’indépendance des habitants de notre environnement et les soutenir dans leur développement, à leur rythme, est aujourd’hui l’une de mes priorités.
Je lis beaucoup de newsletters et celle de Zoe Scaman, Dark Matters, a résonné en moi récemment. L’auteure part d’une analogie scientifique, la matière noire, pour expliquer que le monde, aujourd’hui, n’est pas capable de mesurer ce qui est le plus important : les idées, les conversations, les nouveaux cadres de pensée, les transformations lentes… faute d’outils adaptés. Elle illustre son propos par l’image de la cathédrale : « Nous utilisons un mètre ruban pour la mesurer, puis nous concluons que la cathédrale ne peut pas être mesurée. » Ce sujet est fondamental pour l’hospitalité dans les années à venir. Dans une industrie qui devient de plus en plus corporate, avec une surenchère permanente, l’intangible et le sensible sont les éléments qui feront la différence demain. Je ne dis pas que le luxe traditionnel et standardisé ne devrait pas continuer à exister. C’est ce que veulent certains consommateurs, et c’est très bien ainsi. Mais pour ma part, je lutte pour qu’une autre forme d’hôtellerie continue à exister : poétique, respectueuse d’un territoire, d’une communauté, d’une histoire… Je me fiche des KPI, ce qui m’importe, c’est de voir le sourire des personnes après un séjour avec nous, leurs émotions et leurs larmes. J’ai eu la chance de discuter récemment avec Mounir Neamatalla, le fondateur de l’écolodge Adrère Amellal, dans l’oasis égyptienne de Siwa (son interview sera à retrouver dans la prochaine édition de TOMO Voices). Il me disait que beaucoup d’hôtels s’approprient le monde de l’hospitalité en en oubliant les valeurs. Je suis plus que jamais convaincu que notre mission, c’est d’en être les garants.
Dans mon ancienne vie, avec l’agence Lever de Rideau, nous avions organisé une soirée où était présente une marchande de fleurs. Avec son petit panier, elle avançait parmi les invités, les initiait au langage caché des végétaux et leur racontait des histoires.
J’ai gardé en mémoire le fait d’offrir un coquelicot à une personne qui a une peine de cœur. Quand on le coupe, il meurt dans la journée, induisant ainsi le souhait que le chagrin durera tout aussi peu de temps. J’aime beaucoup cette poésie cachée, que j’ai retrouvée récemment dans le livre Flower Power, offert par une amie. L’ouvrage fait écho à l’exposition de Beata Nowak et Michel Poivert, dans laquelle les œuvres de cinq artistes qui placent la fleur au cœur de leur création seront exposées dans le Jardin d’Été des Rencontres de la photographie d’Arles. Je me réjouis de revenir au festival, guidé par mes amis d’Actes Sud, entre deux sessions de travail pour préparer le lancement de mon livre début octobre.
Nous avons connu de meilleures périodes pour vanter les charmes des États-Unis. Mais la librairie dont je veux vous parler justifie à elle seule un séjour new-yorkais ! Ceux qui me connaissent le savent : j’adore les endroits cachés, les lieux secrets que l’on ne voit pas au premier coup d’œil. J’en suis convaincu, c’est lorsque l’on se perd que l’on regarde vraiment. À ce chapitre, difficile de faire mieux que cette antenne de la librairie Peter Harrington, située dans l’Upper East Side (35 E 67th Street), à Manhattan. Aucun signe visible de son existence : pour y accéder, il faut sonner à l’interphone et monter au troisième étage avant que s’ouvrent les portes de ce lieu extraordinaire.
La collection compte des livres parmi les plus rares au monde, incluant des folios de Shakespeare, des premières éditions de Walt Whitman ou encore des manuscrits de Harry Potter. Cela ressemble davantage à un musée que personne ne connaît, où l’on pourrait consulter tous les ouvrages. J’adore ce type de découverte et je trouve qu’il y a une émotion très forte quand le poids de l’histoire se concrétise devant nous. Il est important de ne pas oublier le passé pour pouvoir lire le présent et ne pas recommencer les mêmes erreurs. Et cet héritage est sûrement l’une de nos plus grandes richesses.
Enfant, je n’ai jamais dormi à la belle étoile. Mes premiers souvenirs de nuits passées dehors remontent à mon adolescence, quand il fallait attendre le premier bus pour rentrer à la maison après des soirées en boîte de nuit. Il faisait froid, et cela n’avait vraiment rien de romantique. Dans ma vie d’adulte, j’ai toujours été avide de ces nuits à la belle étoile, et j’ai toujours essayé d’en intégrer à mes projets pour offrir à nos voyageurs la possibilité de ressentir une connexion totale avec la nature. Il y a toujours un petit frisson qui nous sort de nos habitudes et de notre rythme classique. Dans les Lençois, au Brésil, nos hôtes voyaient le camion partir au milieu des dunes, en sachant qu’il ne reviendrait que le lendemain. Même chose, au Pérou, où les voyageurs étaient dans une tour d’observation au milieu de l’Amazonie et des éventuels jaguars. Alors, certes, il y a parfois des insectes, du vent, de la pluie. Mais cette sensation de liberté et de plénitude est toujours un temps fort de nos saisons 700’000 heures Impact.
Alors si je n’avais qu’une chose à vous recommander pour cet été : osez passer une nuit à la belle étoile. À la campagne, à la montagne, au bord de la mer, qu’importe, faites-le ! (Et racontez-nous ensuite ce que vous avez ressenti).
Pour suivre toute l’actualité autour de mes projets.
> La deuxième édition de The Shift, notre séminaire créatif en collaboration avec l’agence Zero. Un workshop de quatre jours à Dar Ahlam, en compagnie d’hôteliers visionnaires, désireux de renforcer leur singularité et de faire bouger les lignes de l’hospitalité. Il sera évidemment imprégné de l’esprit de la Maison des rêves avec des excursions, des repas mis en scène et des rencontres avec d’autres visionnaires qui partagent le même état d’esprit. Si vous voulez en savoir plus (dates et programme), écrivez-nous à theshift@wearezero.fr.
> Un article du magazine AD dans lequel Dar Ahlam figure parmi douze hôtels que trop peu de voyageurs connaissent. Une façon de rappeler que les lieux les plus spéciaux ne sont pas toujours visibles et qu’il est souvent bon de préférer la discrétion à l’ostentation.
Crédit photos : Norvège par Thierry Teyssier / Yoann Bourgeois par Domino Aurora / Dar Ahlam . Eric Martin / Zoe Scaman . Adrere par Alberto Siliotti / Arles Ville . Fleurs par Mattei Benejaru / Peter Harrington / 700 000 heures Impact