J’ai longuement réfléchi à la meilleure façon de partager mes voyages, découvertes et aventures avec vous. Après plusieurs mois de réflexion, j’ai décidé de lancer ma newsletter, TOMO
Vous savez que les heures sont précieuses pour moi, et c’est ainsi que j’ai décidé de structurer cette lettre mensuelle : une rétrospective sur le mois écoulé, une rencontre avec un créatif, une émotion gustative, une réflexion pour ouvrir de nouveaux horizons, une lecture éclairante et un lieu où les valeurs de l’hospitalité sont celles que j’aime et que je chéris. TOMO n’est pas une simple newsletter. C’est un compagnon qui transforme le temps des lecteurs en quelque chose de précieux et d’inattendu.
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#14
Défricheur d’heures,
semeur d’émotions
Le 13 mai 2026
Pour ceux qui l’auraient raté, j’ai une grande nouvelle à vous annoncer : TOMO Voices est officiellement en ligne.
Cette newsletter est née du constat que les hôteliers étaient extrêmement isolés et exprimaient un fort besoin d’échanger avec celles et ceux qui ont les mêmes enjeux. Aujourd’hui, beaucoup de choses dysfonctionnent dans notre industrie. Pourtant, partout dans le monde, des femmes et des hommes inventent de nouvelles formes de relation, réparent des territoires, soutiennent des communautés, prennent soin du vivant. J’ai eu envie de leur donner la parole. Et de poursuivre ma démarche de transmission que je distille désormais dans tous mes projets.
TOMO restera celle que vous connaissez : un objet vivant d’inspiration et de curation. TOMO Voices sera un pas de côté pour tous ceux qui, chaque mois, veulent aller encore plus loin sur les sujets d’hospitalité. Une plateforme sans langue de bois, qui regroupe des bests practices, des pièges à éviter, des problématiques à contourner, des personnalités dont s’inspirer… Avec, évidemment, une pointe d’activisme, car l’hospitalité a un pouvoir politique dont il est important de se servir.
J’ai la conviction que nous ne sommes pas loin de trouver l’élément qui pourrait transformer durablement notre métier. Et j’ai envie que nous réfléchissions tous ensemble à le créer.
Je vous embrasse,
Thierry
TOMO Voices est organisée autour de quatre rendez-vous récurrents. Parmi ces différentes entrées, Monologue laisse une carte blanche à un créatif qui partage son rapport à la beauté, à la poésie et à ce que l’hospitalité signifie dans son art.
Cette conversation libre, empreinte de la musicalité de chacun, sera parfois accompagnée d’un portrait vidéo de Nora Jaccaud, auteure de la série documentaire Human Postcards. J’ai d’abord rencontré Nora par des amis communs, puis elle est venue passer du temps à Dar Ahlam. Elle m’a dit d’emblée qu’elle n’était pas une storyteller, mais une story listener. J’ai beaucoup aimé ce mot, qui dévoile toute la nature de sa sensibilité. En ouvrant son cœur, elle crée les conditions d’un moment dans lequel les gens peuvent exprimer leurs histoires en toute confiance.
Un jour, après avoir réalisé quelques portraits des équipes de la Route de mémoire et de Dar Ahlam, elle m’a dit que c’était à mon tour. Je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre, ni comment l’entretien allait être mené. J’ai passé une heure et demie avec elle et, plusieurs fois, durant notre discussion, je l’ai vue pleurer. Elle écoute les histoires des autres avec tellement d’attention qu’elle les vit réellement. C’est, je crois, ce qui lui permet de réaliser des portraits aussi justes et touchants. Et pour vous remercier de votre lecture attentive, nous vous dévoilons ici exceptionnellement l’un des contenus réservés aux abonnés de TOMO Voices…
On me demande régulièrement mes « bonnes adresses » à Marrakech. C’est difficile pour moi, car cela dépend évidemment de ce que cherche la personne. Mais si on veut une cuisine de qualité, inventive et généreuse, je recommande aveuglément Le Petit Cornichon, dans le quartier de Guéliz. J’ai découvert ce lieu grâce à Laurence, une amie que je considère comme ma sœur. Elle vit au Maroc depuis des années (elle démarrait son atelier de broderie et de linge de maison quand je préparais l’ouverture de Dar Ahlam) et elle me fait toujours découvrir de nouveaux lieux quand je séjourne chez elle. Ce que j’aime dans ce restaurant, c’est la passion et le bouillonnement créatif du chef, Erwann Lance. Il ne cherche pas à plaire, il fait ce qu’il aime et il est en recherche permanente. C’est grâce à lui que j’ai goûté au risotto de céleri, qui est devenu un incontournable de la Maison des Rêves. Le mieux si vous y allez, c’est de partager quatre ou cinq assiettes en entrée, puis de commander un plat pour avoir le plaisir de tester sa sole meunière ou son bœuf Wellington. Je ne peux pas ne pas terminer un repas sans son gâteau au chocolat même si nous avons une bataille autour de ce dessert. Il continue à servir les bords qui sont trop cuits à mon goût, alors il faut demander une part du milieu du plat. Et là… le plaisir est absolu.
Que faisons-nous de notre temps libre ? C’est la question que s’est posée le sociologue et historien Jean-Miguel Pire dans L’Otium du peuple, un livre qui m’a beaucoup marqué récemment. Notre temps de travail représente aujourd’hui 11% du temps éveillé de toute une vie, alors qu’il représentait 48% en 1800. Mais que fait-on de cette richesse ? Le triste constat, c’est qu’on le perd en étant sur nos portables, et certainement pas pour s’élever en tant qu’humains… Il est évident que quand des sociétés dépensent des milliards pour nous rendre accros, elles y arrivent. Et si on ne fait pas attention, on perd trente minutes ici et là, et à la fin de la journée, deux heures sont parties en fumée. C’est énorme ! L’année dernière, j’ai acheté un deuxième téléphone pour ne me connecter qu’à partir de midi et ça fait un an que je n’arrive pas à faire le dernier petit saut. Le problème est le même avec les voyageurs que nous recevons et je vais justement mettre en place une petite surprise à la rentrée… Je me réjouis de vous en parler !
Il m’arrive de rester bouche bée devant le travail de certains artistes et Fujiko Nakaya, une sculptrice japonaise de 92 ans, est assurément l’une de celles qui m’a fait tomber à la renverse dernièrement. J’ai découvert son travail grâce à Eric Martin, un photographe avec lequel je travaille régulièrement. Nous nous sommes rencontrés au Brésil, où il était venu faire un reportage sur 700’000 heures, et sommes toujours restés en contact. Il est aussi humain qu’exigeant, et apporte toujours un regard différent à un récit. La dernière fois que nous avons discuté, il partait en Thaïlande pour photographier l’une des œuvres de cette artiste, qui travaille la vapeur d’eau pour en faire des sculptures oniriques. J’ai toujours été sensible au Land Art. Moduler la nature est pour moi la plus belle manière de révéler une beauté que tout le monde ne voit pas et d’en souligner son caractère parfait. Dans le cas de Fujiko Nakaya, la brume mouvante apparaît en densités variables : tantôt comme un volume palpable, parfois comme un voile translucide. C’est d’une poésie infinie, avec une portée éphémère qui nous invite encore plus à savourer l’instant présent.
J’aime les artistes qui sortent de leur univers pour explorer d’autres territoires, sans avoir peur de se dire que ce n’est pas leur rôle. C’est exactement pour cette raison que j’avais envie de vous parler de Bartabas et de son ouvrage Les cogne-trottoirs. Un premier roman lyrique et gouailleur, au style complètement éblouissant. J’ai découvert cet homme à Avignon et son théâtre équestre m’a ensuite accompagné à Paris. Son travail sur la relation entre l’homme et le cheval, ou plutôt entre le cheval et l’homme, est absolument magique. Son livre, je l’ai pris comme une claque. Il a réussi à retranscrire tout ce qu’il a vécu, tout en dressant le portrait de cette période d’émergence du théâtre de rue. La force des pages nous donne immédiatement envie de nous maquiller de manière outrancière, d’aller boire des coups avec la troupe, d’accompagner leur trajectoire formidable. De la même façon que j’admire les personnes qui arrivent dans l’hospitalité sans venir du monde de l’hôtellerie, je suis fasciné par la liberté créative de ceux qui se permettent des choses, parce que personne ne leur a dit que c’était impossible de les faire.
Le mois dernier, j’ai atterri à l’aéroport de Longyearbyen, une petite ville minière située sur l’île de Spitzberg, dans l’archipel norvégien du Svalbard. Elle compte à peine 2 500 habitants et seulement trente kilomètres de route. La raison de cette visite à 1316 kilomètres du pôle Nord : Selar, un voilier solaire complètement innovant. Les entrepreneurs Julia Bijaoui et Quentin Vacher m’ont parlé du projet il y a presque trois ans, au moment où ils allaient investir. Sur le papier, je suis l’anti-croisiériste. Les bateaux, aussi petits soient-ils, sont pour moi l’antithèse de l’hospitalité. Je déteste ça et je ne suis pas à l’aise du tout. Pourtant, en les écoutant me parler de ces croisières d’expéditions polaires, j’ai trouvé l’idée incroyable. Je les accompagne depuis dans leur réflexion, et c’est ainsi qu’ils sont arrivés au Shift, notre workshop créatif à Dar Ahlam (la prochaine session est prévue en septembre). Leur démarche est extrêmement courageuse et nécessaire. Je ne peux que vous conseiller d’aller vous perdre sur leur site internet, vous verrez qu’il y aura un avant et un après Selar dans ce secteur. Tout est à réinventer dans cette industrie, et ils sont en train de faire voler en éclats l’ensemble des normes établies.
Pour suivre toute l’actualité autour de mes projets.
> Un article publié sur The Observer dans lequel le journaliste Paul Jebara explique comment un séjour à Dar Ahlam a complètement renversé sa définition du luxe et brouillé la définition de ce que devrait être l’hôtellerie.
> Une mise en avant de la dimension architecturale et conceptuelle de Dar Ahlam dans Galerie Magazine. On parle de la Maison des Rêves comme d’un lieu pensé comme une œuvre totale, où patrimoine, design et paysage dialoguent pour créer une expérience à la fois enracinée dans la culture marocaine et profondément contemporaine.
> Une sélection dans Departures où notre saison au Rwanda avec 700’000 heures Impact est présentée comme une œuvre participative à grande échelle, où le luxe réside dans l’intensité de l’expérience, la narration et l’engagement humain. Un parcours sans script fixe, peuplé d’acteurs disséminés dans plusieurs villages, brouillant en permanence la frontière entre fiction et réalité.
Crédit photos : Glacier par Thierry Teyssier / The Human Postcard & Nora Jaccaud / Le Petit Cornichon / Boby / ‘Fog’ par Melissa Ostrow / Bartabas par Hugo Marty Selar & Thierry Teyssier