J’ai longuement réfléchi à la meilleure façon de partager mes voyages, découvertes et aventures avec vous. Après plusieurs mois de réflexion, j’ai décidé de lancer ma newsletter, TOMO

Vous savez que les heures sont précieuses pour moi, et c’est ainsi que j’ai décidé de structurer cette lettre mensuelle : une rétrospective sur le mois écoulé, une rencontre avec un créatif, une émotion gustative, une réflexion pour ouvrir de nouveaux horizons, une lecture éclairante et un lieu où les valeurs de l’hospitalité sont celles que j’aime et que je chéris. TOMO n’est pas une simple newsletter. C’est un compagnon qui transforme le temps des lecteurs en quelque chose de précieux et d’inattendu.

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#11

Défricheur d’heures,
semeur d’émotions

Le 12 février 2026

Bonjour à tous,

Ce premier mois de 2026 a été marqué par un événement évoqué dans ma lettre de novembre et devenu rapidement très concret : The Shift. Un workshop créatif de quatre jours à Dar Ahlam, en compagnie d’hôteliers visionnaires, désireux de renforcer leur singularité et de faire bouger les lignes de l’hospitalité. Quelle que soit notre catégorie d’établissement, nous sommes tous logés à la même enseigne, avec des problématiques similaires et la volonté d’apporter les mêmes réponses à nos clients. On peut rapidement se sentir isolé dans notre métier, et je suis d’autant plus convaincu qu’il est impératif d’échanger davantage, de se rassurer mutuellement, et d’avancer main dans la main.

La diversité des hôteliers a fait la richesse de cette première édition. Chacun portait un regard affûté sur les projets des autres et a pu nourrir les réflexions. Au-delà de l’expérience et des conseils que nous avons pu partager avec Giulia et Marine, il y a une chose très forte qui est ressortie : oser dire non, oser penser différemment, oser ne pas tout accepter. L’organisation actuelle de notre industrie était peut-être valable dans un monde passé, mais elle ne l’est plus dans le monde qui nous entoure. Désormais, nous allons nous atteler à repenser les choses en sortant du cadre. Et cela me procure beaucoup d’énergie et un optimisme infini !

Je vous embrasse,

Thierry

P.S. : Si vous voulez être tenus au courant de la prochaine édition de The Shift, rendez-vous à la fin de cette lettre.

Comme le mois de février est une période idéale pour aller au Cambodge, j’avais envie de vous parler de Yim Maline, une artiste rencontrée à l’automne 2018, lors de notre saison 700’000 heures. À Siem Reap, nous avions laissé une « carte blanche » à Marina Pok. En fonction des sensibilités et des intérêts de nos membres, elle les amenait rencontrer des personnalités et des artistes dans leurs ateliers. Yim était l’une d’entre eux et j’ai toujours été touchée par son travail. Comme dans tous les pays qui ont beaucoup souffert ou connu des génocides, l’art est un moyen de libérer la parole et d’évacuer des choses très profondes. Il explose sous toutes ses formes, de la plus grande des détresses aux plus grandes joies, avec une énergie créatrice extrêmement intense. Yim Maline a aussi été extrêmement influencée par un voyage au Japon, et je retrouve cette émotion dans ses œuvres. Je pense notamment à une pièce monumentale, une cascade recréée en tissage, avec des arbres, des oiseaux, des pierres, des fleurs… C’est d’une force inouïe, avec de la délicatesse et de la poésie en même temps. Alors si vous êtes au Cambodge prochainement, passez lui rendre visite dans son musée-galerie (The Blue Art Center), récemment ouvert avec son mari, Svay Sareth.

En France, nous avons pour habitude de manger des crêpes pour la Chandeleur (le 2 février, quarante jours après Noël selon le calendrier chrétien). Une tradition qui remonte au Ve siècle, quand le pape Gélase Ier aurait introduit la distribution de galettes aux pèlerins arrivant à Rome. L’occasion idéale pour vous parler d’une recette qui m’est chère, celle de ma mère. Sa spécificité était de remplacer le lait par une infusion d’écorces d’orange et de citron. Tout en ajoutant une bonne dose de rhum et de Ricard ! Non seulement cela rend les crêpes plus légères (enfin, on se comprend…), mais cela dégage surtout une odeur qui embaume toute la maison. À peine sorties de la poêle, il faut les saupoudrer de sucre et les laisser fondre dans la bouche. Faites-moi confiance, c’est incroyable. J’ai évidemment transmis cette tradition à mes enfants et, en y réfléchissant, je ne sais pas si elles ont exactement le même goût que celles que faisait ma mère. Mais une chose est certaine : elles ont la saveur de l’enfance et cette odeur qui me replonge automatiquement dans mes souvenirs.

J’ai découvert récemment CLO Circle, un club dédié à l’échange continu de pensées, de ressentis et d’idées, dans lequel j’ai pris un grand plaisir à me plonger. Dans un monde où il est parfois nécessaire de désactiver les commentaires sur les réseaux sociaux à cause des haters, cette plateforme est un exemple formidable d’échange positif. Chaque mois, un thème est lancé, et tous les membres peuvent apporter leur pierre à l’édifice d’une façon très respectueuse. C’est pour moi un solide contre-pouvoir par rapport aux algorithmes qui distillent une “vérité” qui n’en est pas une, puisque biaisée par nos certitudes. À mesure que j’avance en âge, dans mes réflexions et dans mes expériences, j’enlève une à une mes convictions comme les pelures d’un oignon. Je prends plaisir à écouter (et à accepter) les questionnements et les appréciations qui peuvent différer des miennes. Je vais m’atteler à le faire encore plus dans une nouvelle version de TOMO que vous allez découvrir prochainement… Je suis convaincu que l’hospitalité a aujourd’hui une portée politique. Il ne s’agit plus seulement de rendre les voyageurs heureux, mais d’être vecteur de changement auprès des communautés locales. De leur demander ce qu’elles veulent partager avec nous, d’écouter leur vision de la beauté et de l’accueil. Toutes ces choses sont des actes politiques, même si ce n’est pas inscrit en lettres majuscules sur un site internet ou utilisé à tout-va comme un argument marketing…

Dans la vie, il y a certaines choses pour lesquelles je suis aussi enthousiaste qu’un(e) adolescent(e) de quatorze ans devant Taylor Swift. Le Studio Drift en fait assurément partie. Ce duo d’artistes basé à Amsterdam (Ralph Nauta et Lonneke Gordijn) excelle dans les sculptures chorégraphiées et les installations cinétiques. Tout ce qu’ils font touche en plein cœur ma sensibilité. Ils parlent du futur, de l’art de demain, de l’hybridation avec les nouvelles technologies. Vous savez maintenant à quel point je suis fasciné par cette notion d’hybridation (et par les travaux de la philosophe Gabrielle Halpern), en raison de la possibilité qu’elle donne aux individus de casser les codes et d’aller plus loin. Ce que je trouve hallucinant avec le Studio Drift, c’est la façon dont ils dépouillent leur travail, sans jamais rien perdre à l’essence artistique. Si j’avais un rêve à exaucer, ce serait de les inviter à créer une œuvre pour célébrer les 25 ans de Dar Ahlam. Confronter leur délicatesse à la rugosité de la kasbah sonne comme la plus grande et la plus belle des folies.

Juste avant de commencer mon jeûne à la clinique Buchinger, en décembre dernier, une amie m’a offert un livre. Nagori, de Ryoko Sekiguchi. J’adore cette auteure et j’ai lu plusieurs de ses ouvrages (notamment celui sur les dix façons de préparer le nuage, aux éditions de L’Épure), mais je ne m’étais jamais plongé dans celui sur la nostalgie de la saison qui vient de nous quitter. Au Japon, il est vrai que les chefs travaillent de façon à ce que celui qui déguste ait toujours envie d’une dernière cuillère par gourmandise, tandis que le plat est déjà fini. Une façon de laisser une touche de frustration et de faire naître le désir d’y retourner. C’est exactement ce qu’il se passe avec les saisons. Au-delà du fait que les produits arrivent en avion, manger des cerises en hiver n’a aucun sens pour moi. Le fruit est savoureux parce qu’on l’a attendu pendant plusieurs mois, parce qu’on a une impatience à l’idée de le retrouver. Toute cette philosophie évoquée dans Nagori résonne fortement avec le travail que nous faisons à Dar Ahlam. Depuis l’année dernière, nous avons arrêté de parler de haute et de basse saison. Cela revient à dire que la valeur d’une période est annexée au nombre de personnes qui souhaitent réserver. Cela n’a aucun sens, puisque chaque mois a un atout différent pour les voyageurs. Et je suis impatient de dévoiler ce que nous vous avons préparé pour l’année prochaine à ce sujet…

J’ai un vrai attachement au principe d’« albergo diffuso » (que l’on pourrait traduire en français par « hôtel disséminé »), et à cette idée de dormir dans des chambres éparpillées au cœur d’un village. On adapte l’hôtellerie aux bâtiments existants, pas l’inverse. C’est exactement ce que nous faisons à Tizkmoudine et si, un jour, la population ne veut plus faire d’hospitalité, nous n’aurons qu’à enlever nos meubles et à disparaître sans laisser de traces. L’italo-suédois Daniele Kihlgren, fondateur de Sextantio, a été l’un des pionniers en la matière. Avec son projet « Le Grotte della Civita », il a transformé la ville de Matera en offrant la possibilité à des voyageurs de s’installer dans des grottes longtemps abandonnées. Mais sa deuxième aventure, dans le village médiéval de Santo Stefano di Sessanio (Abruzzes), me touche encore plus. Cet homme a fait un travail titanesque en compagnie d’historiens et d’artisans, pour restaurer les bâtiments décrépis de la façon la plus juste possible. Il est allé jusqu’à créer des ateliers de tissage pour que les parures de draps dans les chambres soient semblables à celles d’un autre temps. Son engagement mérite d’être honoré et d’inspirer toute notre profession. En préservant les techniques ancestrales et la beauté du geste, il réenchante un territoire et rend fiers ses habitants. C’est magique.

Pour suivre toute l’actualité autour de mes projets.

> Un article sur la Route de mémoire dans le Conde Nast Traveller Middle East, dans lequel la journaliste Sarah Sieste évoque ses rencontres et ses échanges avec les communautés que nous accompagnons chaque jour avec 700’000 Heures Impact.

> La deuxième édition de The Shift, notre séminaire créatif en collaboration avec l’agence Zero ! Il aura lieu du 11 au 15 septembre 2026, à Dar Ahlam (juste après le salon PURE). Ce workshop est à destination des hôteliers désireux de renforcer leur positionnement et de créer des expériences sincères et singulières. Le séjour sera évidemment imprégné de l’esprit de la Maison des rêves avec des excursions, des repas mis en scène et des rencontres avec d’autres visionnaires qui partagent le même état d’esprit. Si vous voulez en savoir plus, écrivez-nous à contact@thierryteyssier.com.

Crédits photos : Cyrille George Jerusalmi et 700’000 heures Impact