J’ai longuement réfléchi à la meilleure façon de partager mes voyages, découvertes et aventures avec vous. Après plusieurs mois de réflexion, j’ai décidé de lancer ma newsletter, TOMO
Vous savez que les heures sont précieuses pour moi, et c’est ainsi que j’ai décidé de structurer cette lettre mensuelle : une rétrospective sur le mois écoulé, une rencontre avec un créatif, une émotion gustative, une réflexion pour ouvrir de nouveaux horizons, une lecture éclairante et un lieu où les valeurs de l’hospitalité sont celles que j’aime et que je chéris. TOMO n’est pas une simple newsletter. C’est un compagnon qui transforme le temps des lecteurs en quelque chose de précieux et d’inattendu.
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#12
Défricheur d’heures,
semeur d’émotions
Le 12 février 2026
J’ai décidé de faire un pas de côté pour cette nouvelle lettre et de vous parler d’une émotion très personnelle ressentie il y a quelques semaines…
C’était un dimanche soir, à Montmartre, et j’étais convié par l’une de mes grandes amies à dîner. En jetant un œil à la table, j’avais repéré ces immenses porte-nom posés sur nos assiettes. Une fois la dizaine de convives assis, la maîtresse de maison nous a invités à regarder à l’intérieur. Les porte-nom étaient en réalité de grandes enveloppes contenant la lettre d’une personne qui nous aime et qui a quelque chose à nous dire.
Elle nous a proposé de prendre un moment de silence pour, chacun dans nos têtes, lire la lettre de la personne qu’elle avait pris la peine de contacter. C’était un moment d’émotion intense, avec les larmes qui coulaient sur nos joues. Nous étions tous sans voix devant cette surprise et devant l’amour de celles et ceux qui ont pris le temps de coucher des mots sur le papier. Tout était simple, mais extrêmement fort.
J’ai toujours adoré créer des surprises pour mon entourage et mettre en scène des moments de vie pour que l’on se retrouve. Ce dîner était un rappel magnifique de prendre conscience que le temps passe trop vite et qu’il faut dire je t’aime aux personnes importantes. C’est tellement facile à recréer, et c’est de la pure magie.
Je vous embrasse,
Thierry
C’est de la parfumeur Olivia Giacobetti, rencontrée il y a plus de vingt ans, dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui. Je travaillais sur le projet Romaneira, au Portugal, et j’avais besoin d’être accompagné par quelqu’un qui connaissait aussi bien l’univers de la beauté et du soin que les parfums d’intérieur. Je ne me suis jamais posé la question d’un “marketing olfactif” comme on en parle aujourd’hui. J’avais juste envie de toucher les cinq sens de nos invités et on ne peut que constater que le toucher et l’odorat sont souvent laissés de côté. Pour le toucher, j’ai été extrêmement attentif à Dar Ahlam à ce que les interrupteurs, les tissus, les robinets soient de véritables moments tactiles. Pour les odeurs, j’avais envie d’envisager la démarche comme des petits cailloux qui constellent le chemin d’un séjour. La fragrance qui embaume l’entrée traditionnelle, premier contact avec la kasbah, que l’on retrouve ensuite dans la chambre, et le dernier jour avant le départ. Beaucoup de nos membres me parlent encore de l’eau de linge ou de la bougie qu’on ne fait brûler que dans le désert. Ce que j’apprécie le plus chez Olivia, au-delà de son extrême talent, c’est qu’elle se met au service du lieu pour le sublimer. Le parfum ne passe jamais au-dessus de l’odeur originale. Il n’y a rien de pire que les hôtels dont la signature olfactive est si forte que la seule option est de faire demi-tour si on ne veut pas se faire agresser (et je suis certain que vous avez autant d’exemples que moi en tête…).
J’adore commencer ma journée avec un carré de chocolat. Une journée qui commence ainsi ne peut être que positive et douce face aux terribles nouvelles du monde. J’ai toujours une tablette près de moi, c’est comme un sourire ou un câlin. À l’approche de Pâques, j’avais donc envie de vous parler de mes chocolatiers préférés à Paris.
> Jean-Charles Rochoux, rue d’Assas (VIe). Peu médiatisé, c’est un artisan absolument formidable qui a su rester ancré dans la tradition, tout en ajoutant sa créativité et sa folie. Tout est bon chez lui et il fait, d’après moi, les meilleures tablettes de Paris. Le week-end, il en propose avec des fruits frais enrobés de chocolat (et une date limite de consommation très courte). Celle aux fraises est à se damner, profitez-en dès le début de la saison !
> Plaq, rue du Nil (IIe). J’aime absolument tout chez eux : le flan pâtissier au chocolat quand on a la chance de pouvoir y goûter, leurs glaces d’été phénoménales, les sablés du moment (enrobés de chocolat) d’une gourmandise absolue… La meilleure façon d’en profiter et de s’installer sur le petit banc de la boutique, avec un chocolat chaud et une douceur à grignoter en regardant les gens passer.
> William Artigue, rue Yves Toudic (Xe). Je l’ai découvert il y a peu et il repousse complètement les frontières de la gourmandise. C’est bien au-delà ! Le plus incroyable, ce sont ses bouchées de partage : des bouchées croquantes, fondantes, avec du praliné amande, du caramel, des noisettes, du chocolat noir ou au lait. Il a aussi un massepain avec une pâte au citron confit, enrobé de chocolat noir. Vraiment addictif.
> Yannick Alléno, rue du Champ de Mars (VIIe). Si je dois faire un cadeau un peu surprenant, je fais souvent le choix des gousses de vanille en chocolat de sa chocolaterie. Chaque trompe-l’œil contient l’équivalent d’une véritable gousse de vanille de Tahiti. Le goût est extrêmement puissant quand on croque dedans, avec une texture légère et onctueuse qui nous donne envie d’y revenir encore et encore…
Il m’arrive souvent de sourire quand j’entends l’expression « hôtel de luxe ». Je pense qu’il existe des dizaines de définitions, mais la question pour moi est de plutôt savoir ce que l’on cherche quand on réserve une chambre. Dans un monde où les marques d’hôtellerie sont aux mains de financiers, il est important de militer pour qu’elle ne soit pas réduite à un marqueur de consommation ou de réussite sociale. L’hospitalité, pour moi, signifie être à l’écoute de ses invités, essayer de les comprendre et d’adapter son organisation en fonction de leur quête. Que sont-ils venus chercher ? Une rencontre ? Une découverte ? Une déconnexion ? Avec la multiplicité des lieux qui existent aujourd’hui, le défi est de trouver celui qui correspond à sa démarche, à ses envies. À Dar Ahlam, par exemple, on reçoit parfois des personnes qui font le tour du Maroc et qui prennent la Maison des Rêves comme une simple halte sur la route entre le désert et Marrakech. Ce sont des erreurs de casting, des invités qui n’ont pas compris notre démarche et notre univers. Avec nous, chaque temps du séjour est un prétexte pour surprendre l’autre. Le check-out et l’addition au moment du départ ? Rien de très jubilatoire… Alors nous avons imaginé la « cérémonie des merveilles », lors de laquelle nous déployons une carte imaginaire qui symbolise le séjour de nos invités chez nous. Je ne dévoile pas les coulisses de ces moments spéciaux (il y en a beaucoup d’autres), mais c’est une manière d’entretenir notre parenthèse enchantée.
L’être humain est la seule espèce qui met du poison sur des aliments pour ne pas que les autres viennent le manger… pour ensuite l’ingérer lui-même. Rien n’est plus parlant pour moi que ce fait là quant à l’urgence d’agir. Il est impératif de reprendre la main, de revenir à des choses simples, saines, naturelles. Dans cette mouvance, je suis de près le travail de Climavore. Cette plateforme de recherche s’interroge sur la manière dont nous devons nous alimenter alors que les humains brouillent les frontières entre les saisons. C’est un appel à repenser un système alimentaire défaillant et à aller au-delà des régimes carnivores, omnivores, végétariens ou végétaliens, tout en s’attaquant aux pratiques intensives. Cela résonne complètement à ce que nous faisons à Dar Ahlam avec notre Food Lab : trouver des solutions face au défi que représente le climat dans notre palmeraie au milieu du désert. Nous travaillons les produits que la terre nous donne et avons décidé de dédier 10% de notre jardin aux autres êtres vivants et non à notre propre consommation. Plutôt que de protéger nos tomates de l’agresseur, on va planter du sorgho à côté pour les oiseaux. Ils sont heureux ainsi, et nous aussi.
J’ai découvert récemment une image assez étonnante : celle du quartier de Jimbocho, à Tokyo, où se concentrent plus de 150 librairies sur seulement deux avenues. Sûrement le meilleur rempart à Amazon, puisqu’on est certain ici de trouver ce que l’on cherche, en s’appuyant simplement sur un service humain. Dans le même esprit, je n’arrive pas à croire qu’il aura fallu attendre la douzième lettre pour que je vous parle de ce lieu si spécial qu’est la librairie Morioka Shoten. Située dans le quartier de Ginza, elle a la particularité de ne mettre en vente qu’un seul ouvrage par semaine. Une curation méticuleuse qui invite à la sobriété dans un monde où l’éventail de choix semble toujours plus démesuré. J’aime l’idée qu’on fasse les choses non pas uniquement pour l’argent, mais pour la beauté du geste, par conviction, par envie de transmettre une émotion ou par curiosité d’élargir ses horizons. On se focalise parfois un peu trop sur les auteurs contemporains, ou ceux que l’on connaît déjà bien. C’est pourtant agréable, parfois, de relire des grands classiques ou de découvrir des auteurs d’une culture différente de la nôtre pour questionner nos points de vue. Ma vision de la lecture a évolué, et je crois que cela ne doit pas forcément être qu’un moment de détente et de divertissement, mais aussi un temps de travail, d’inconfort ou de réflexion.
Il y a huit ans, j’ai été approché par le propriétaire du plus ancien club de Copenhague qui avait envie d’ajouter quelques chambres à l’intérieur même du lieu. Finalement, c’était trop compliqué pour faire des travaux et le projet est tombé à l’eau. Mais dans le cadre de ces repérages pour 700’000 Heures, j’ai découvert le Central Hotel & Cafe, dans le quartier (à l’époque en pleine transformation) de Vesterbro. C’est une petite maison très coquette avec un coffee shop au rez-de-chaussée et une chambre au-dessus. L’ensemble est recouvert de boiseries, donnant la sensation d’être dans une cabine de bateau ou de train. D’ordinaire, je déteste l’expression « se sentir comme à la maison » (car si on veut être à la maison, autant ne pas payer une chambre d’hôtel), mais cet hôtel est sûrement l’exception qui confirme la règle. On se sent comme chez un ami passionné qui a réfléchi à la façon dont il pouvait vous faire plaisir et faire en sorte que vous vous sentiez bien. Un retour aux racines de l’hospitalité, avec un café délicieux en prime !
> Un workshop créatif à Dar Ahlam, du 12 au 15 juin, organisé par l’agence El Camino Travel. Cet événement réunira une dizaine de professionnels du tourisme (DMC, hôteliers, consultants, experts data et branding) pour réfléchir ensemble à l’évolution des expériences de voyage. Au fil de sessions de travail et de discussions informelles, différents sujets seront abordés : le design expérientiel comme stratégie, la régénération comme pratique concrète ou encore la conception créative d’un parcours client complet. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à m’envoyer un message par conctact@thierryteyssier.com
Crédit photo 15h -Think : Cyrille George Jerusalmi et Dar Ahlam