J’ai longuement réfléchi à la meilleure façon de partager mes voyages, découvertes et aventures avec vous. Après plusieurs mois de réflexion, j’ai décidé de lancer ma newsletter, TOMO

Vous savez que les heures sont précieuses pour moi, et c’est ainsi que j’ai décidé de structurer cette lettre mensuelle : une rétrospective sur le mois écoulé, une rencontre avec un créatif, une émotion gustative, une réflexion pour ouvrir de nouveaux horizons, une lecture éclairante et un lieu où les valeurs de l’hospitalité sont celles que j’aime et que je chéris. TOMO n’est pas une simple newsletter. C’est un compagnon qui transforme le temps des lecteurs en quelque chose de précieux et d’inattendu.

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#10

Défricheur d’heures,
semeur d’émotions

Le 8 janvier 2026

J’ai l’habitude de faire les choses différemment, alors laissez-moi être traditionnel pour une fois et vous souhaiter une année 2026 remplie de curiosité, de beauté et de poésie. Vous remercier aussi d’être si fidèles (et de plus en plus nombreux) à lire cette lettre mensuelle avec assiduité. J’ai une surprise pour vous à ce sujet, dont je me réjouis de vous parler très bientôt…

Pour l’heure, j’écris ces lignes depuis Skoura, au sud du Maroc, où j’ai passé les premiers jours de janvier. Si je ne devais choisir qu’un mot pour l’année à venir, ce serait sûrement « transition ». Transition pour plusieurs raisons. Parce que nous allons préparer le vingt-cinquième anniversaire de Dar Ahlam (prévu en 2027), avec un programme de folie. Parce que mon livre sur une hospitalité plus sensible va être publié et arriver entre vos mains. Parce que je vais inaugurer le premier spectacle immersif d’hospitalité au Rwanda. Et, surtout, parce que c’est l’année où je bascule dans la transmission, avec le déploiement de workshops et d’accompagnement d’hôteliers.

Aujourd’hui, il y a trop de choses qui ne fonctionnent pas dans l’hospitalité. Pourtant, beaucoup d’individus tentent de changer les contours de l’industrie, mènent des actions formidables à un niveau local, aident des communautés à se développer, mais passent malheureusement en dessous des radars… J’ai le pressentiment que nous ne sommes pas loin de trouver l’élément qui va nous permettre de relier tous les points et de changer durablement notre métier. Alors si j’ai pour l’heure encore de nombreuses interrogations, je ressens aussi une grande excitation, beaucoup d’envies et une énergie infinie que j’espère vous distiller par ici !

Je vous embrasse,

Thierry

Pour la première fois, ce n’est pas d’une personne dont je veux vous parler, mais d’une rencontre particulière… avec les gorilles. Soyons honnêtes, l’observation de ces primates ne représentait pas un rêve pour moi. Cela fait deux ans que je vais régulièrement au Rwanda pour préparer notre saison 700’000 heures, et je n’avais pas ressenti le besoin d’aller les voir. J’ai pensé qu’il fallait tout de même que je vive l’expérience pour pouvoir partager mon ressenti avec nos futurs hôtes. Et je dois admettre avoir pris une énorme claque. Après avoir été briefé, suivant une organisation extrêmement bien rodée, nous nous sommes mis en marche et je me suis immédiatement plongé dans ma bulle. J’avais imaginé les apercevoir de loin, mais la configuration du terrain fait que nous étions seulement à quelques mètres du groupe. Un petit est même venu taper dans mon pied pour m’inciter à jouer avec lui. Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’intensité d’émotion dans les regards. C’est la première fois que je ressens un tel lien avec un autre mammifère, tant au niveau des expressions que des interactions. Il y a de la tension évidemment, mais en même temps une grande sérénité. L’heure a filé en cinq minutes et je suis reparti de ce Parc national des volcans avec un sentiment de plénitude, comme si j’avais la preuve de ce que je savais déjà : l’humain n’est qu’une espèce parmi d’autres, et nous faisons partie d’un immense tout.

Ce que je cherche en allant au restaurant, c’est avant tout une belle assiette. Cela peut être une affaire de produits extraordinaires, d’aliments que je ne cuisine pas, une technique qui m’impressionne ou simplement de la générosité et du fun. Il faut que cette assiette me raconte quelque chose et que je sente l’intention d’un chef derrière. Si j’adore découvrir de nouveaux lieux, des influences et des techniques, j’aime aussi revenir dans les lieux qui me touchent, comme Adraba ou Kiyo Aji dans mon quartier. Parmi les restaurants que je trouve absolument sous-côtés, il y a Pétrelle. L’un des meilleurs à Paris d’après moi, car il sonne juste. C’est un parfait équilibre entre des assiettes généreuses, avec des produits de saison, un assemblage de saveurs incroyables et un twist étonnant. Ce n’est jamais surfait, ils ne veulent pas se la raconter. Il y a aussi la gentillesse du service et cette atmosphère presque vieux jeu (et totalement assumée), à rebours de l’uniformisation de tous les restaurants parisiens. C’est un endroit chaleureux qui coche toutes les cases, aussi bien pour un rendez-vous romantique que pour un dîner entre amis ou en solo. Dès que je pousse cette porte, j’ai la certitude que je vais être rempli de joie.

Nombreuses sont les personnes qui arrivent fatiguées en voyage. Je me souviens, dans ma vie d’avant, que toutes mes vacances en famille débutaient par deux jours au lit. Comme si la pression lâchait d’un coup. C’est dommage de perdre du temps avec ceux qu’on aime quand on a que quelques semaines par an ensemble. Au fil de mes réflexions, j’en suis venu à me demander comment étirer ce temps. Comment faire en sorte que le voyage commence bien avant le départ et puisse se perpétuer après ? C’est pour répondre à ce défi qu’est né Prélude, un site dédié aux hôtes de Dar Ahlam. Accessible après la réservation, il permet de mieux comprendre notre écosystème, notre philosophie et de se mettre dans les bonnes conditions. Dans le même esprit, je garde un souvenir ému de la démarche d’Heston Blumenthal, chef du restaurant The Fat Duck. J’avais reçu un mot d’excuse pour l’attente jusqu’au jour du dîner, ainsi qu’un code pour m’aider à patienter. Ce code donnait accès à un jeu en ligne, une fabrique de bonbons. Imaginez ma surprise de découvrir, lors du service des mignardises, les friandises que j’avais créées virtuellement six mois plus tôt. J’ai été époustouflé par cette idée : lever une partie du voile, sans jamais trop en révéler…

Je ne me suis jamais senti aussi bien dans mon corps et dans ma tête qu’il y a trois ans. À cette période, je jeûnais deux jours par semaine. Et pour une raison inconnue, j’ai lâché l’affaire sans jamais réussir à m’y remettre. Avec les festivités de mon Red60 (soixante événements pour célébrer mes soixante ans), mon corps a enduré beaucoup d’excès. J’ai eu envie de le remercier de m’avoir soutenu de cette manière, et je lui ai accordé un séjour à la clinique Buchinger, sur les rives du lac de Constance. J’ai passé cinq jours complets sans manger et j’ai adoré cet état de jeûne total. Je me sentais léger, en éveil permanent, avec une clarté mentale incroyable et une sensation de mettre véritablement mes organes en pause. J’ai détesté en revanche la remontée alimentaire. La faim réapparaît (alors qu’on ne la sent pas du tout lors du jeûne) et je n’ai trouvé aucun plaisir dans les plats qui étaient servis : un comble quand on prône le changement d’habitude alimentaire. Cela ne m’empêchera pas d’y retourner, mais pour un jeûne de dix jours cette fois-ci. Je vous recommande les yeux fermés cette expérience. C’est la meilleure façon de comprendre qu’on n’a pas besoin d’autant de nourriture et qu’il faut parfois offrir un cadeau à son corps.

Les conversations profondes ne sont pas forcément les plus longues. Je me souviens de ce chaman, au Brésil, qui a pris dix secondes pour me dire : « nous avons tellement de choses à partager avec vous, mais vous n’êtes pas prêt à les écouter ». Ce genre de phrases peut vous accompagner des jours, des semaines, des mois. Elles donnent à penser et à revenir dessus encore et encore. Mais il faut que notre cœur soit prêt et ouvert. Certaines initiatives facilitent ce processus. C’est le cas de The Human Library, un concept lancé au Danemark dans les années 2000 avec un principe simple : une bibliothèque où les livres sont remplacés par des êtres humains pour ouvrir le dialogue et partager des expériences. Parmi les « livres » référencés, on trouve des profils variés comme un ancien alcoolique, un sans-abri, une personne porteuse du VIH… J’aime l’idée qu’il soit possible de poser des questions que nous n’aurions jamais osé poser à une personne de notre entourage, et que l’individu en face de nous puisse aussi poser les siennes. Dans ma vie, la rencontre est le savoir que je chéris le plus. Et cette librairie humaine permet de nous rappeler à quel point écouter ceux qui nous entourent est la chose la plus importante.

Pour commencer l’année, j’avais envie de vous parler de Fogo Island Inn, un exemple en matière d’hospitalité que je cite régulièrement quand je parle de régénération. Ce lieu a été imaginé par Zita Cobb, une native de cette île au large des côtes de Terre-Neuve, revenue pour essayer de la redynamiser suite à l’effondrement de la pêche. Ce qui est fascinant, c’est l’écosystème qu’elle a mis en place, mêlant hospitalité, résidences artistiques, expériences ancrées dans la vie locale… L’exemple le plus marquant est sûrement cette organisation d’hôtes communautaire. Chaque client ayant réservé une chambre va être affecté à un habitant chargé de partager avec lui sa vision de l’île et son histoire. J’aime aussi la transparence derrière Fogo Island Inn, via un « economic nutrition fact », un rapport expliquant où va l’argent dépensé par les voyageurs et comment celui-ci est utilisé. Nos clients ont le droit de savoir à quoi ils contribuent et nous avons besoin de plus d’exemples comme celui-là.

Pour suivre toute l’actualité autour de mes projets.

> Un épisode du podcast Back of House, lancé par l’Innovation Hub de l’École hôtelière de Lausanne. J’y explique les raisons pour lesquelles l’avenir du secteur de l’hospitalité réside dans l’émotion et non dans les processus et les cadres figés.

> Un événement organisé par l’agence 1.618 Paris, dédié à ceux qui cultivent une vision singulière du beau, de la surprise, du sublime… J’y serai pour une discussion en compagnie du philosophe Charles Pépin, de l’artiste Mathias Kiss, de la prospectiviste Morgane Pouillot, et du conservateur du MUDAC, Scott Longfellow. Pour nous écouter, rendez-vous le 10 février, au Carreau du Temple (réservations ici).

Crédits photos : Cyrille George Jerusalmi et 700’000 heures Impact